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Le secrétariat de Mr le Maire m’appela aussitôt me recommandant d’aller me présenter à un Organisme situé aux environs de Paris, dont le directeur me réserva un accueil chaleureux, réitérant ses excuses. Par contre le fonctionnaire qui devait instruire mon dossier était moins aimable, essayant de mettre toute la responsabilité de ce retard sur mon manque de diligence. J’avais beau lui dire que je ne savais pas, il semblait incrédule, me répétant à chaque bout de phrase que « nul n’est sensé ignorer la loi » Devant mon incapacité à comprendre ce qu’il entendait par là, il fut acculé à m’expliquer que non seulement je n’avais pas fait de demande d’indemnisation mais que je ne répondais même pas à son courrier, me récitant l’adresse portée au PV de police. Je lui expliquai alors que Mme Christine m’avait chassé de chez elle et que le loyer du petit appartement où je vivais avec Aicha ma femme avait triplé, et que c’est grâce à père Jean que nous avions trouvé un gîte, il ne semblait pas bien comprendre de quoi je parlais. Hors de moi, je lui dis qu’il suffisait d’écrire à la mairie comme l’avaient fait les autres, mais je pense que je n’aurais pas dû faire cette remarque ! Outragé, il m’avait alors sèchement répliqué que c’est la victime qui devait saisir le Fonds et non le contraire, me citant les textes de loi qui me déboutaient de tout droit à l’indemnisation car il y avait des délais à respecter et que je ne l’avais pas fait. Il était tellement en colère que j’avais l’impression qu’il allait revoir sa position et reclasser de nouveau le dossier. J’allais même repartir lorsqu’il me dit, sous un sourire maquillé, que je devais une fière chandelle à l’interview donnée par ma femme. Du coup il fit un vibrant hommage à ma Aicha, s’attardant beaucoup sur la perspicacité de sa vision de la vie comme pour insinuer qu’elle paraissait plus civilisée et plus française que moi. Je n’avais d'alternatives que de subir son long discours sur le conflit des civilisations, des problèmes des immigrés, et les sévices qu’endurait toute l’administration pour gérer leurs affaires toujours compliquées. J’eus l’impression que si ça ne tenait qu’à lui, il aurait définitivement classé mon affaire, mais selon lui cette interview avait faillit créer des tensions dans les relations entre le Maroc et la France. En fait, je ne comprenais pas ce que venaient faire les Marocains dans une affaire entre français, et je me hasardai à lui poser la question. Plutôt gêné par mon ignorance, le haut fonctionnaire à col blanc, m’apprit d’une façon presque arrogante, que j’étais aussi marocain, m’expliquant, tout en tirant sur sa cigarette, qu’il ne suffisait pas d’être naturalisé pour devenir réellement un Français, car je n’avais pas perdu ma nationalité marocaine ! C’est alors que j’avais appris que j’avais deux nationalités, chose que je n’avais jamais su avant cette rencontre, même si, dans sa présentation des choses, j’étais plus marocain que français. .. J’étais heureux de l’apprendre, parce que cela me rappelait que moi aussi j’avais des racines quelques parts, les terres de mes ancêtres J’avais enfin compris que l’interview accordée par ma femme avait fait des remous aux plus hautes sphères du pouvoir ! Paraît-il ma petite affaire allait envenimer les choses, car des journaux malveillants avait reprit certains propos de ma femme, sur l’inégalité et l’injustice envers les non français d’origine, pour les utiliser à de mauvaises fins. Certaines associations des « droits de l’homme » au Maroc avaient mal réagi à ces discriminations, ce qui poussa les hauts responsables de la politique française à s’ intéresser de plus près à mon affaire en donnant les instructions pour régler cette question le plutôt possible. L’indemnité était très consistante, car le bruit que cette affaire avait fait courir autour d’elle avait rendu les argentiers de l’Etat moins cupides, et on m’avait comptabilisé et les intérêts de retard et la perte de revenu consécutif à ces trois ans d’inactivité. L’objectif, d’après Aicha qui lisait beaucoup les journaux, était que l’affaire ne soit pas portée devant les tribunaux, car l’image de la République risquait d’en pâtir. Alors le Fonds de garantie, fut contraint de me faire une proposition de transaction à l’amiable très alléchante, de telle sorte que je ne puisse pas refuser.
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