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Catégorie: Arts & Littérature :
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N’osant même plus parler de peur de se faire répudier, Yamna courra à l'intérieur de sa chambre pour s'accroupir à même le sol la main sur la bouche et les yeux collés au mur. Elle resta ainsi, plusieurs minutes avant que la première larme ne coule, suivie d'une deuxième puis d'une troisième, et le flot giclait comme d’une source endiguée que les trente années de malheurs n’avaient pas réussi à éponger.
Ses grands yeux barbouillés de « Khoul » reflétaient ses idées confuses ne sachant même plus pourquoi elle pleurait au juste. Jamais Bassou ne l'avait giflé, ni prononcé le mot "répudiation" mais ce qui l’inquiétait le plus était le sort de ses enfants si jamais s'il venait à exécuter sa menace . Oui cette dernière probabilité changeait toutes les donnes puisqu’elle n’avait nulle part où aller. « Comment feront mes enfants sans moi, ils mourront sûrement de faim et de froid se disait-elle alors que l'obscurité regagnait la pièce. Non il ne fallait pas qu’il descende dans la plaine ! Il n’y a pas d’autres solutions ! Je dois coûte que coûte le désensorceler… Brahim n’est toujours pas circoncis alors qu’il arrive à l’âge de puberté et Zahra est encore sans mariage et si personne ne la demande, elle mourra vieille fille, quelle honte ! Justement celle-ci investit timidement la chambre lui apportant une soupe bien chaude et un morceau de pain. Elle regarda sa fille unique assise juste en face d’elle, tel un sosie mais nettement plus juvénile. « Comme le dit si bien le proverbe : les yeux regardent mais la main est bien courte, pensa la mère, déplorant cette misère qui privait une si belle créature de se marier espérant pour elle tout ce qu'elle n'avait pas pu avoir dans toute sa vie. Elle lui enleva le foulard peignant cette longue et forte chevelure comme elle se plaisait à le faire lorsqu’elle était toute petite. Malgré l'indigence la propreté était de rigueur et le "henné" alimentait les cheveux dorés d'une éclatante brillance. «L’odeur vient de l'orange, Allah, Allah, flaire l’orange et cache la, Allah, Allah" fredonnait-elle se remémorant une chanson que sa propre mère lui chantait et en profita pour raconter à sa fille les prouesses des résistants dans la lutte contre les Français, et l'histoire de l'orange utilisée comme mot de passe. « Nous - nous respectons ton père et moi, et ce n’est pas parce qu’il m’a giflée que nous allons nous séparer, non, il ne faut pas croire ça. Si nous- nous disputons c’est seulement pour trouver le meilleur moyen de vous faire vivre dans ces moments difficiles. Ces quelques chèvres est tout ce qui nous reste et si nous les vendons, nous n’aurons même plus de quoi manger, expliqua-t-elle, comprenant les angoisses de sa fille qui avait entendu la houleuse discussion de ce matin. « Si seulement nous n’étions pas si pauvres ! « Nous n'avons pas toujours été indigents, au contraire nous étions très riches. Nos parents avaient beaucoup de terrains avec plein d’arbres fruitiers. Malheureusement le Makhzen nous a tout pris après la mort de notre grand père sous prétexte que celui-ci collaborait avec les français! « Mais les collaborateurs inscrivaient leurs enfants dans les écoles françaises, pourquoi mon père est-il resté analphabète ? « En réalité les colons ont suggéré d'inscrire Bassou à l'école mais grand père s’y opposa préférant le marier pour mieux le lier à la terre. " Et ils n’ont pas trouvé plus belle et mieux éduquée que sa cousine" « Bassou n’avait pas hésité une seule seconde, je crois que le pauvre m’aimait bien avant ! « Et toi ? Yamna rougit, et sa peau claire s’embellit laissant paraître combien elle restait belle malgré l'indigence. La bougie nonchalante faisait briller deux gouttelettes aux bords de ses grands yeux, alors qu’elle s’étalait sur la cérémonie de son propre mariage avec Bassou : "Les noces avaient duré six nuits et sept jours, avec la "harkas" et les danses folkloriques alors que les invités arrivaient de tous les coins, mangeant à leur faim et dansant jusqu’au matin. « Il y avait de bonnes choses à manger ? « Tous les voisins préparaient du couscous et égorgeaient des moutons et même des taureaux. Les militaires français envoyaient beaucoup de bonnes et délicieuses choses comme des chocolats des bombons et même des tartes. Ah, c'était le bon vieux temps, La région était riche car il y avait beaucoup de mines de cuivre et des hectares d'arbres fruitiers, des amandiers et "l'argana. Les militaires Français avaient établi un grand souk couvert ou les hommes pouvaient aller chercher tout ce dont ils avaient besoin ; Il y avait même le "chrab" qui faisait tourner la tête aux hommes lorsqu'ils le buvaient. « Et il y avait beaucoup de mariages ? « Oh oui ! Des dizaines par an, et puis il y avait les « ouvrias » au service des colons et qui laissaient leurs femmes chez eux et venaient se marier de chez nous car ils disaient que notre beauté est pure et notre peau est aussi blanche que celle des françaises" Très emballée, Yamna racontait les détails des festivités évoquant la nostalgie du passé alors que, rêvassant, Zahra, suivait, jusqu'à ce que les deux intimées finissent par s'endormir enlacées.
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Catégorie: Arts & Littérature :
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La taille de son père et les traits de sa mère, étaient un don du ciel, et en dire plus serait blasphémer sur les pouvoirs du tout puissant : « Grâce, Dieu, grâce ; le meilleur des créateurs », disaient toutes celles qui la voyaient. La veille des noces rappelait à la fois les traditions oubliées par le temps, et Zahra savait que c’était la journée fatidique. Sa mère lui avait tout appris de la vie, sauf ce qui se passait la nuit des noces et elle en était plutôt anxieuse. C’est que c'était un sujet tabou, et dans la pratique c’était souvent une tante ou une cousine plus âgée qui se chargeait de cette besogne, si les autres filles n’en parlaient pas entre elles. Zahra n’avait jamais joué ou même parlé avec une autre fille avant sa récente descente à la plaine, et, sentant son désarroi, "Nanna" crut bon de lui expliquer ce qui allait se passer, et ses lieutenantes en ergotaient exagérément les séquences avec humour. La jeune mariée n'en fut que plus choquée : Moussa allait la déshabiller et même la faire saigner. Non, jamais ! C’était inconcevable, monstrueux même ! Ce n'était pas comme cela qu'elle concevait le mariage. Entre ses parents il n’y avait qu'une certaine amitié où jamais, il n'a été question de se faire saigner. Elle avait très peur, et telle une petite fille elle réclama sa mère avec insistance, ne voulant surtout pas que les femmes découvrent que ses dessous étaient mouillés. Zahra se jeta dans les bras de sa maman qui la consola lui montrant qu’elle était là pour la protéger du froid, de la famine des loups et des hommes. « Satan avait montré à Adam ce que Dieu par pudeur lui avait caché. C’est que cet organe est tellement sacré que Dieu lui même n’osait pas en parler à celui qu’il avait crée. C'est de là que sort la vie et c’est la partie interdite de ton corps que seul ton mari peut toucher. Plusieurs idées s’interfèrent dans la tête de ce grand bébé qui serait laissé cette nuit même entre les mains d’un inconnu. « Tu pourras rester à mes cotés lorsque Moussa voudra m’enlever mes habits, j’ai vu ce qu’il a fait à Brahim et j’ai tellement peur. Comprenant l’impact de l’isolement sur l’éducation de sa fille, la pauvre dame fut encline de lui expliquer calmement et sans rougir le procédé d’accouplement. |
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La nuit se dissipait en perles de rosée aurorale sur un petit Douar sise aux pieds du Moyen Atlas. Deux rangées d’habitations incolores et non alignées longeant une ruelle rocailleuse où les ordures ménagères jonchaient les coins. Driss enfila des gans en laine, enfourcha sa vieille bicyclette et se laissa lentement emporter par la descente. Quelques minutes après, sa femme recueillit un jeune homme aux aguets qui se faufila furtivement à l’intérieur.Elle le rejoignit au matelas encore tiède, déposé à juste le sol, et la petite pièce se réchauffait aux souffles des deux amants lorsque le refrain des corps fut subitement rompu par la réouverture de la porte en zinc. D’un pas décidé, Driss réinvestit la chambre, récupéra quelques affaires et ressortit aussi vite qu’il y était entré. L’air d'un zèbre recroquevillé nu derrière le métier à tisser, le soupirant ne comprit rien à ce qui venait de se passer, puisque le mari l'avait bien vu et contourné, mais le temps n'étant pas à la cogitation il enfila ses habits et prit la tangente. Le moment de peur passé Zaïna se martela les cuisses, et s’envoya des soufflets, mais tant son gosier que ses yeux restèrent secs. En effet quelque chose d’inédit venait de se passer, car dans pareils cas le mari trompé s'en prend toujours à sa femme qui ne peut que se laisser tabasser parfois même jusqu'à la mort. Terrifiée par l’inexplicable attitude de son mari elle tournoyait autour d’elle-même « Si on l’avait dépossédé de son vélo il aurait remué ciel et terre mais pour sa femme il ne s’est même pas rebiffé, pas un mot, un geste une insulte une gifle un "tfou", rien, rien, c'’est comme si je ne vaux même pas le mérite d'être battue ! ***** Zaïna est née dans une Bourgade située à une quarantaine de kilomètres du petit patelin où son mari l’avait prise en flagrant délit d’infidélité. Depuis qu'elle avait perdu sa mère à l'âge de deux ans elle passait toute sa journée au Msid où son père enseignait le coran aux enfants. Elle était la seule fille du groupe et en jouant, les garçons la chatouillaient aux parties sensibles de son corps et cela lui plaisait énormément. Celui qui devait veiller sur son éducation était très loin de donner le bon exemple. Imam et Fkih, il réservait ses soins médicaux exclusivement aux femmes se faisant toujours payer « en nature». Zaïna qui l’assistait souvent croyait que cela entrait dans le cadre de la médication. D'ailleurs c'est ce qu'il lui avait expliqué lorsqu'elle l’avait trouvé couvant de son pesant corps une dame toute nue. Pour lui tout est le fait des "Ginnes" et comme il maîtrisait les soixante Hizbes du livre sacré, personne ne pouvait lui contester l'exclusivité de la science médicinale. L’oisiveté permettait aux habitants de savoir avec exactitude ce qui se passait dans le Msid, mais personne n'osait protester. Cela ne les empêchait pas de se venger sur la pauvre Zaïna et de s'en vanter publiquement. Tellement occupé à combler les défaillances conjugales de ses voisins, le Fkih ne s'était rendu compte que Zaïna avait mûrit que le jour ou elle rentra la blouse toute entachée de sang. le garçon qui l’avait violée avait quitté aussitôt le douar et ses parents le suivirent juste après de peur d'une terrifiante réprimande. Heureusement, elle n'était pas tombée enceinte, et l'histoire n'a pas eu de suite. Mais avec le temps d'autres garçons furent tentés et l’adolescente finissait par céder en cachette tout en se faisant payer par des petites pièces, des sucreries ou des œufs sans éveiller les soupçons du Fkih. Exercice qu'elle réussi avec brio alors que totalement voué à sa mission de guérisseur, Si Moussa ne remarquait toujours rien et c'est l'une de ses patientes qui l’en avait informé. Devenu la risée du douar, l’Imam, qui ne supportait plus les clins d'œil durant son prêche du "Joumouaa", décida alors de marier Zaïna et il ne pouvait lui trouver mieux que Driss, l'aide coiffeur, qui venait justement, de perdre sa femme. La cérémonie n'avait duré que le temps de lire la " Fatiha" et manger le plat de couscous auquel seuls l'épicier et le coiffeur furent conviés. En fait, Driss n'a jamais voulu de ce mariage forcé, surtout avec une fille dont il connaissait par cœur les passades, mais il n’osait pas décliner « l’offre » du Fkih qui, durant deux ans de suite, soignait bénévolement sa défunte épouse. Il s’engagea alors dans une mine à ciel ouvert et loua une maisonnette comportant un patio et une pièce transformée en chambre à coucher, lieu de la scène d’adultère dont il venait d’être témoin. |
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Il s’est librement immolé Et le petit feu-follet S’est aussitôt envolé Pour embraser Carthage Quel courage !
Il s’est librement immolé Et tel un feu-follet Son âme s’est envolée Criant … Assez, assez, assez….. Il faut casser, Les chaines du passé.
Il s’est immolé Alors qu’il voulait Seulement vivre, Libre….. Seulement vendre sa misère Sur une charrette en plein air Ce n’est pas une perte Pour Tunis la verte |
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Comme je n’avais plus qu’une seule main, et vu mon âge j’avais préféré ne pas apporter de valise. Je croyais que, comme en France, le Car me déposerait en plein centre et que je n’avais qu’à m’installer dans un hôtel le temps de me reposer avant d’entamer mes recherches. C’était ma seconde grande désillusion. Durant les quatorze heures de trajet je suffoquais et la sueur mastiquait tout mon visage, alors qu’il faisait presque quarante degrés dans un car non climatisé. De plus au seul café ou nous nous étions arrêtés les toilettes sentaient tellement mauvais que je ne m'y suis même pas hasardé! Pour boucler la boucle, il n’y avait pas d’hôtel à la petite localité loin d’une vingtaine de kilomètres d’Idda Ou Semlal, où le vieux car s’était enfin arrêté en fin d’après-midi. Comme il n’y avait pas d’autres moyens de locomotion, un vieux monsieur me proposa alors de m’emmener sur le dos de sa mule, sur un sinueux chemin montagneux, moyennant une somme très modique. Le problème était que la mule n’avait ni scelle, ni rênes, et que j’étais obligé de rester agrippé de ma seule main à son coup, durant tout le trajet. Lorsque je parvins enfin à la tribu, esquinté, affamé, assoiffé et surtout très sale, personne n’avait voulu me parler ! J’ai compris un peu tardivement qu’ils m’avaient pris, avec ma main coupée, pour un…. Mendiant. Je passai toute la nuit accroupi, près de la petite mosquée, alors qu’il faisait très froid, ne ressentant même plus les parties de mon corps. J’allais y laisser la vie si ce n’est un jeune homme, qui me ramena chez ses parents à sa sortie de la prière du « Fajr ». J’eu droit à une bonne soupe bien chaude et un morceau de pain directement sorti du four en terre battue que sa mère entretenait depuis l’aube. Il me tardait de voir les premières lueurs du soleil pour déguerpir, jurant de ne plus remettre les pieds dans ce coin de l’enfer.
Durant ce long trajet de retour je n’avais pas cessé de penser aux conséquences de mon acte. Avais-je raison de revenir au pays, mais surtout fallait-il embarquer ma femme et mon fils avec moi dans cette aventure.
Je me suis alors rappelé le geste humble, de ce jeune homme propre, qui faisait sa prière à quatre heures du matin, et je ne cache pas qu’à ce moment précis j’avais espéré que ce soit lui mon fils et non Issa que je ne reconnaissais plus. Même si je lui avais préparé toutes les conditions matérielles nécessaires, pour s’intégrer, mon fils ne se retrouvait pas parmi ses semblables marocains, et faisait souvent allusion à ses difficultés d’adaptation et à l’esprit différent des jeunes de son lycée. Il voulait peut être faire autre chose de sa vie, mais je ne pouvais le laisser seul en France, car nos destinées étaient liées. J’avais toujours à l’esprit, ce que j’avais subi à son âge, et je ne voulais guerre le voir souffrir comme j’avais souffert ! Le directeur m’avait convoqué pour me dire qu’il séchait les cours surtout ceux qui se faisaient en la langue Arabe, mais je savais qu’il n’avait jamais étudié cette langue et je ne pouvais pas lui en vouloir. Alors il se mit à se droguer. Il avait tout pour suivre ce mauvais chemin, puisqu’il était beau, jeune, riche, et naïf, et je savais tout cela, et sans le vouloir, je l’avais quand même jeté en mer mais les vagues l’avaient mené partout sauf là, où je voulais, qu’il arrive. J’étais le seul à blâmer ! Ce petit voyage dans "mon passé" me rappela que mon présent n’était peut être pas meilleur, alors que je ne savais même plus qui j’étais réellement !
Je n’étais plus un français mais pas encore un marocain, et l’histoire du corbeau qui voulait apprendre à marcher comme la colombe s’appliquait totalement à mon cas. Cette nuit passée à la « belle étoile » m’avait causé une pneumonie et je toussais tellement ce qui m’avait prévalu une longue hospitalisation dans une clinique privée !
Comme je ne savais pas que, même dans une clinique payante, il fallait quotidiennement donner un pourboire aux infirmières, je me suis vu traiter avec une indifférence qui frôlait le mépris ! Aicha était dans tous ses états, et s’était alors mise à protester, acculant le directeur à intervenir en personne, nous invitant dans son bureau. Le pauvre avait subit un mauvais quart d’heure combien même que je n’avais même pas prononcé un seul mot. Aicha était la seule à monopoliser la parole usant de termes médicaux spéciaux que je n’avais jamais entendu, discutant même les frais pour obtenir une réduction consistante.
Le directeur n’en était que plus enchanté surtout lorsqu’elle reconnut une toile ayant une grande valeur artistique, bien placée derrière son siège. Ils discutèrent longuement de la peinture et d’une association marocaine de peintres amateurs oubliant même que j’étais là. Ceci à eut un effet bénéfique sur ma femme qui sentait qu’elle pouvait encore agir sur son entourage et elle était tellement contente, qu’elle m’encouragea à entamer de nouvelles recherches. « L’être humain devrait persévérer dans ses rêves, sinon son passage sur terre serait une chimère!
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