28.06.2012
Comment la CIA (et les services turcs) arme l’ASL
Par Droits réservés, le 28 juin 2012

Un RPG9 monté sur un véhicule de l'armée marocaine : un des derniers cadeaux des Séoud à l'ASL...
Que ferions-nous sans nos visiteurs et amis ? Eh bien nous passerions peut-être à côté d’un article comme celui que vient de signer Georges Malbrunot, le M. Syrie du Figaro.
Le titre – « Comment la CIA contrôle la livraison d’armes aux rebelles » – résume assez la nouvelle tendance de la presse atlantiste française : la transparence tardive.
Rendons grâce à Malbrunot que nous avons souvent épinglé sur ce site, d’avoir su de temps à autres flirter avec l’objectivité, notamment en ce qui concerne les liens de l’ASL et du CNS avec les Frères musulmans et les services turcs, ou les vrais responsables de la mort du journaliste français Gilles Jacquier.
Aujourd’hui, une petite quinzaine de jours après un article remarqué du New York Times sur le même sujet, Georges Malbrunot « révèle » un demi-secret de Polichinelle :
- la CIA supervise depuis le territoire turc les filières d’armes destinées à la rébellion. Des armes financées – comme nul n’en ignore mais comme le rappelle néanmoins le journaliste dès le début de son article – par les pays du Golfe.
collaboration américano-turque exemplaire dans la lutte pro-terroriste
Apparemment Malbrunot a rencontré récemment à Paris un certain Nasser, Syrien exilé et trafiquant d’armes pour la rébellion syrienne islamiste. Celui-ci lui a fait un petit « topo » sur le modus operandi du ravitaillement de l’ASL. Selon lui, mi-mai, une quarantaine de dirigeants de l’ASL se sont rendus « discrètement » en Turquie pour y recevoir les cadeaux guerriers des Séoudiens et des Qataris.
Toujours selon Nasser, qui était du voyage, ceux-ci consistaient essentiellement en roquettes de RPG9 (antichars légers) provenant d’un stock de l’armée séoudiennne.
Ces roquettes ont ensuite « été acheminées par avion, jusqu’à l’aéroport d’Adana (à environ 150 kilomètres de la frontière syrienne, sur la côte méridionale turque) où la sécurité turque a surveillé les déchargements avant de savoir à qui ces roquettes allaient être destinées« .
C’est là qu’intervient Nasser, qui explique aux barbouzes turques que la distribution allait être organisée « par des leaders traditionnels proches des insurgés, histoire d’éviter les dérives mafieuses ». Le statut précis de ces « leaders » – chefs religieux, chefs de clans, chefs militaires ? – n’est pas précisé.
Les Turcs rassurés, les armes sont convoyées (par voiture ?) à travers la Syrie, jusqu’à Douma et Harasta, villes de la grande banlieue est de Damas où depuis le début de l’année des bandes font des incursions à chaque fois mises en échec par l’armée.
Mais d’autres aussi sont expédiées à Zabadani, un autre fief précaire de l’ASL, adosse à la frontière libanaise, et à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Damas. Ou encore à Deraa, près de la frontière jordanienne, ou Idleb, non loin de la frontière turque.
Ce que ne dit pas Nasser, mais que confirme Malbrunot, c’est que les Turcs et les « leaders traditionnels » syriens exilés ne sont pas les seuls à avoir « checké » la distribution.
Reprenant les informations du New York Times, le journaliste du Figaro confirme que des agents de la CIA s’efforcent de vérifier que cet armement d’origine wahhabite ne tombe pas dans les mains des « mauvais » insurgés, les djihadistes à la al-Qaïda, qui inquiètent beaucoup Washington.
Oui mais comment être sûr de la fiabilité atlantiste des destinataires ? le NYT affirme que les localisations des dépôts d’armes et l’identité des destinataires « accrédités » sont débattus entre rebelles et agents de la CIA. Des rebelles qui font preuve à cet égard d’un pragmatisme digne d’éloges :
- « Nous discutons même avec les Turcs de cibles à frapper » explique benoîtement le sieur Nasser à Gorges Malbrunot. Avant d’ajouter que les représentants des « conseils militaires » de l’ASL établis en Turquie ont des relais dans chaque ville syrienne, du moins les plus « chaudes ».
La filière de Nasser n’est cependant pas la seule sur le « marché » : les Frères musulmans, qui contrôlent pour l’essentiel le CNS et aimeraient pouvoir faire de même avec l’ASL, ont mis sur pied leur propre réseau, à destination bien sûr de groupes leur ayant fait spécifiquement allégeance.
Qu’elles soient destinées aux ASL « pur sucre », ou groupes liés aux Frères et au CNS, ces armes ont la même finalité politique pour les fournisseurs et distributeurs séoudo-yankees : amener un tel niveau de pertes dans les rangs de l’armée régulière que celle-ci se délite sous le coup de désertions massives. Rien de surprenant, mais Malbrunot cite cette fois un diplomate français anonyme :
- « Les diplomates séoudiens nous répètent que tant que Bachar gardera une nette supériorité militaire sur ses ennemis, il n’aura aucun intérêt à négocier son départ ». Et de citer le précédent yéménite où le président Saleh s’est résigné à lâcher le pouvoir quand la puissance militaire des opposants a peu ou prou égalé celle de son armée.
Le plus classique - et rustique - RPG7 (et son projectile)...
... qui équipe déjà abondamment les bandes insurgées
La France humaniste et ses téléphones
Au fait, que font les Français, qui du temps de Sarkozy/Juppé avaient, si l’On en croit Le point et le Canard enchaîné, dépêché des gens de la DGSE en Turquie pour « conseiller » les aspirant terroristes ASL ? Eh bien pas grand chose, mais ce n’est pas faute d’avoir essayé. Malbrunot donne cette fois la parole à un activiste, Kamal :
- « Les Français aimeraient bien être dans la salle des opérations à Adana, mais les Turcs s’y opposent. À défaut d’armes qu’ils ne veulent pas livrer, que les Français nous donnent des équipements pour sécuriser les communications de nos combattants« .
- Une demande reçue cinq sur cinq par Laurent Fabius qui a annoncé voici quelques jours la livraison prochaine de téléphones satellitaires à la rébellion.
On a beau ne rien vraiment apprendre de cet article, qui ne vaut que pour son caractère d’ »officialisation » vis-à-vis du public français de réalités jusques-là cachées, on reste rêveurs devant tant de cynisme :
les semeurs de chaos et de mort ne se cachent plus vraiment. Mention spéciale, évidemment, pour la Turquie d’Erdogan dont résonnent encore les clameurs d’indignation pour son avion abattu.
Un avion et deux pilotes perdus (pour avoir effectivement violé l’espace aérien syrien,) dans un plateau de la balance, des milliers de militaires, policiers et civils syriens tués par les armes, les munitions et les bombes venues de Turquie, dans l’autre plateau. Oui, il y a vraiment des obus de DCA syrienne qui se perdent !
Terminons sur une note optimiste, empruntée à la conclusion de l’article de Georges Malbrunot : »Mais le pari de renverser al-Assad est encore loin d’être gagné« . Ce serait assez notre avis…
Ci-dessous le lien vers l’article de G. Malbrunot :
http://www.lefigaro.fr/international/2012/06/27/01003-20120627ARTFIG00675-des-armes-antichars-aux-rebelles-syriens.php
http://www.infosyrie.fr/