
Rebelles à Idleb : la CIA va-t-elle leur imposer un permis à points sur l'utilisation de leurs armes ? Ou exiger d'eux un "engagement citoyen" à ne pas rejoindre al-Qaïda ?
Le New York Times indique dans son édition du 21 juin que des équipes de la CIA sont à pied d’oeuvre pour superviser la distribution à l’ASL des armes payées par le Qatar, l’Arabie séoudite, la Turquie et d’autres généreux donateurs étrangers.
Les hommes de la centrale seraient là pour veiller à ce que ce matériel ne tombe pas dans les mains de groupes affiliés au réseau al-Qaïda.
Bref, l’administration Obama, qui s’efforçait de sauver la fiction de son non engagement en affirmant qu’elle ne livrerait à la rébellion que du matériel « non léthal » – en gros, des pansements et des téléphones satellitaires – coiffe de façon quasi-ouverte désormais l’aide militaire aux groupes armés qui ensanglantent la Syrie.
Et, si l’on en croit le même article du New York Times, le gouvernement américain envisagerait sérieusement de fournir « à titre gracieux » les insurgés en photos satellite ou
Et ce sont les mêmes qui s’indignent de la livraison de matériel russe à l’armée syrienne !
Quant au souci affiché de ne pas équiper les hommes d’al-Zawahiri, il est des plus grotesques : les experts de la CIA n’ont aucune assurance de la destination finale de ces armes, ni de la fiabilité « idéologique » des groupes armés sur le terrain, au fort degré d’ »autonomie » – disons cela comme ça – par rapport à l’état-major ASL de Turquie.
Par la force des choses, les Américains risquent bien de superviser en fait l’armement de la centrale djihadiste, dont le haut état-major américain a pourtant dénoncé publiquement la présence en Syrie !
On doit là incriminer, soit une incohérence de la direction américain, le gouvernement ne tenant pas compte des informations et mises en garde de l’armée ; soit un double langage, le Pentagone prenant position contre al-Qaïda « pour la galerie » américaine et internationale, et la Maison Blanche continuant à miser sur la déstabilisation terroriste du régime syrien, via l’ASL ou les bandes armées de toute obédience.
II l'est vrai aussi que la schizophrénie et l’inconséquence se retrouvent aussi chez les chefs militaires : le général Dempsey, d’état-major de l’US Army, qui avait mis en garde Obazma et l’opinion américaine contre l’immixtion d’al-Qaïda en Syrie, est le même qui a déclaré que l’ »option militaire devait être envisagée » !
On peut aussi envisager que l’administration Obama, en situation d’échec prolongé sur le dossier syrien, n’ait plus vraiment de ligne directrice, et réagisse au jour le jour, tout en s’efforçant de « sauver sa face » diplomatique, ce en période électorale.
Ron Paul : la Syrie lui rappelle l’Irak, le Kosovo et la Libye
Mais malgré tout, tous les politiques américains ne sont pas formatés sur le modèle néoconservateur-sioniste.
Et l’un des plus notables d’entre eux, Ron Paul, figure de la droite libertarienne, vient de le montrer, à propos de la Syrie.
Réagissant à l’agitation belliciste qui a saisi les cercles politico-médiatiques – démocrates et républicains – de son pays suite à la tuerie de Houla, le représentant républicain – ô combien atypique – du Texas a pondu début juin un texte – intitulé « Des tambours de guerre pour la Syrie ? » – où il met en doute la responsabilité de l’armée ou des miliciens bacharistes dans le massacre.
Ron Paul précise qu’il ne prétend pas détenir la vérité, mais il observe que de récents attentats à la bombe et attaques ont été perpétrés « par des rebelles armés ayant des liens avec al-Qaïda« .
Du coup, écrit le représentant du Texas, avec ce qui est en jeu – une éventuelle implication américaine dans le conflit syrien – le bon sens commanderait d’attendre que soit menée une enquête complète sur Houla.
« À moins, dit-il, que trouver la vérité compte moins que d’exciter l’émotion en faveur d’une attaque américaine« .
Et Ron Paul, il est vrai critique résolu et déjà chevronné de la politique fédérale, de remettre l’affaire syrienne en perspective :
« Combien de fois, récemment, mensonges et exagérations ont été utilisés (par l’administration américaine) pour envoyer des troupes outre-Atlantique ? »
Et Paul de remarquer qu’il n’y a pas fallu longtemps Kadhafi a été accusé de préparer un génocide, et l’opinion sommée d’appuyer une intervention américaine en Libye.
Ces affirmations, observe le représentant texan, se sont finalement avérées fausses, mais entre-temps Kafdhafi était mort et la Libye, ravagée par les bombardements et la guerre civile, était tombée aux mains de « bandits« .
Bien sûr, Ron Paul fait aussi le rapprochement avec le conditionnement mensonger qui a conduit à l’agression de 2003 contre l’Irak. Mais aussi avec le Kosovo où là encore des accusations de « génocide », controuvées plus tard par les faits, ont permis à Bill Clinton de bombarder un allié traditionnel de la Russie et de se payer un nouveau point d’appui en Europe.
Ceci rappelé, Ron Paul revient à la Syrie et à Houla : il observe que les relations du massacre ont changé, partant de la thèse d’un bombardement de l’armée à la découverte que les victimes avaient tué de façon rapprochée, par balles ou à l’arme blanche.
Puis il pose une question : »Personne ne nous a expliqué pourquoi les forces gouvernementales auraient pris le temps d’aller de maison en maison pour attacher les mains des victimes avant de les abattre, et puis ensuite se retirer de Houla et laisser ainsi aux rebelles le temps de collecter les éléments les plus horribles.
De Houla, Ron Paul revient à la politique américaine vis-à-vis de la Syrie, critiquant l’hypocrisie de l’administration Obama qui parle de son aide « non léthale » à la rébellion tout en facilitant le transfert à celle-ci des armes fournies par les monarchies du Golfe.
Et il conclut son bref mais pénétrant article par cette mise en garde : « Nous sommes engagés sur une voie rapide vers la guerre en Syrie. Il est temps de mettre les freins ».
Qui peut entendre la voix de ce politique américain atypique, connu de l’opinion américaine pour ses candidatures à la candidature d’ »indépendant » à l’élection présidentielle (en 1988, 2008 et 2012) et sa dénonciation de l’emprise, fiscale et politique, de l’État fédéral sur la vie des Américains ?
Pas vraiment le peuple américain de base, très ignorant et indifférent aux questions internationales, assez spontanément porté d’ailleurs à l’isolationnisme.
Quant aux élites politico-médiatiques, elles sont structurellement sourdes ou hostiles à tout ce qui s’écarte de la doxa pro-israélienne et néoconservatrice.
Tout le monde sait qu’il est pratiquement impossible, aux États-Unis, de prétendre à une carrière politique durable et de quelque portée si l’on n’est pas adoubé par l’AIPAC et le lobby sioniste.
Ron Paul, qui a eu un impact certain chez les Républicains en récoltant jusqu’à 25% des suffrages lors des primaires de 2008, et qui en2012 semble conserver une certaine popularité dans son parti, n’a cependant jamais pu vraiment jouer « dans la cour des grands »
Avant Ron Paul, un homme comme Pat Buchanan, porte-parole de la droite ou de l’extrême droite républicaine, mais hostile à l’influence israélienne – il avait un jour comparé le Congrès américain aux « territoires occupés » ! -, l’avait déjà éprouvé, se faisant marginaliser au sein de son parti – il avait pourtant été un conseiller écouté des présidents Nixon, Ford et Reagan – et n’obtenant que 0,4% des suffrages à la Présidentielle de 2000.
« Nul n’est prophète en son pays » dit un proverbe français : il est très regrettable, pour les Syriens, les Arabes en général et le peuple américain, que Ron Paul puisse être écouté et compris de si peu de ses compatriotes…

aujourd'hui: 0
hier: 0
Auteurs: 447
Invités : 0
Auteurs : 6
Total: 6

Arts & Littérature

