S’exprimant vendredi à Damas dans une conférence de presse, le général Robert Mood, commandant les observateurs de l’ONU en Syrie, a déploré que la mission de ceux-ci soit entravée par les violences croissantes de ces derniers jours, et il a donc appelé les parties en conflit à donner une chance aux quelque 300 casques bleus et observateurs civils dispersés à travers le pays.
Robert Mood a aussi appelé la communauté internationale à donner à la mission qu’il dirige « un rôle qui serve mieux les aspirations du peuple syrien » et annonçant que le mandat de ladite mission allait être modifié par l Conseil de sécurité « dans les jours ou les semaines qui viennent« .
Dans quel sens, le général ne semble pas l’avoir précisé.
Il est certain qu’à plusieurs reprises ces derniers jour, à Haffé notamment, des casques bleus ont entendu des balles siffler de près, sans que l’origine de celles-ci soit établie.
Toujours à Haffé, un convoi de l’ONU s’est heurté à la détermination d’habitants pro-régime qui les considérant comme des soutiens de l’opposition, ont voulu les empêcher de se rapprocher de la ville.
Plus tôt, à Deraa, les rebelles ont fait exploser une bombe au passage d’un autre convoi onusien, blessant des militaires de l’escorte – le général Mood était d’ailleurs du convoi.
En l’état actuel des choses, il nous parait difficile, en tous cas prématuré, de faire le procès de l’éventuelle partialité de Mood et de ses hommes.
On peut dire que leur mission est la conséquence d’un plan de paix voulu par la communauté internationale, et dont les fondements sont irréalistes et marqués par une fausse symétrie entre une faction radicale et un pouvoir qui, quels que soient ses défauts, a une légitimité et un soutien dont n’ont jamais bénéficié ni le CNS ni l’ASL.
Mais c’est un autre débat. Notons quand même que la mission Mood est vertement critiquée par l’opposition radicale :
- entre autres, l’OSDH vient d’inviter les casques bleus à faire appliquer immédiatement le cessez-le-feu (à l’armée syrienne) ou »à rentrer chez eux« .
Ce genre de critiques avait déjà été formulé par les mêmes contre la première mission d’observation, en décembre-janvier, mandatée directement par la Ligue arabe.

Obsèques d'un civil à al-Qusayr le 14 juin : on ne se lassera pas de répéter que les civils ont été pris en otage par les bandes armées
Nouvel échec de la mobilisation du vendredi, nouveaux attentats, nouveaux accrochages

... des ateliers clandestins, c'est la moisson quotidienne que font les forces de l'ordre syriennes...
Pour le reste on doit constater qu’une nouvelle fois, en dépit du traditionnel mot d’ordre ronflant choisi par les organisateurs – « Toujours prêts à la forte mobilisation » pour cette fois – , en dépit aussi de titres de certains médias français annonçant eux aussi à l’avance une affluence d’ampleur, eh bien la non moins traditionnelle mobilisation anti-régime du vendredi n’aura pas marqué ni l’Histoire, ni même les commentateurs, pourtant bienveillants, de la médiasphère occidentale.
L’OSDH – et donc les agences et sites d’information français – n’en dit rien, se contentant d’établir le bilan des violence de ce vendredi à au moins 54 morts à travers le pays. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles…
En ce qui concerne ses violences, l’officine de désinformation de R. A. Rahmane parle d’affrontements à Khabab (province de Deraa) ayant coûté la vie à deux rebelles, à Qodsaya (région de Damas), dans le quartier de Hamideeye à Homs – où trois soldats auraient péri – et dans un quartier de Lattaquié, de bombardements sur Douma (banlieue nord de Damas) et dans la province de Hama.
L’agence syrienne Sana insiste, elle, dans son édition du15 juin,sur les pertes occasionnées dans les heures précédentes par diverses explosions de bombes.
Soit une devant la mosquée Khaled ben al-Walid de Bosra al-Cham, dans la banlieue de Damas, et d’une autre devant une autre mosquée de la capitale dans le quartier Qa’as al-Midane, cette dernière ayant fait 9 blessés parmi les démineurs et des civils.
Soit encore une bombe devant une mosquée dans le quartier Salaheddine d’Alep – six civils, trois membres des forces de l’ordre blessés – et une autre, toujours à Alep dans le quartier d’al-Chaar – deux civils blessés.
On se rappelle peut-être que jeudi et vendredi la télévision d’État syrienne avait présenté un jeune terroriste se revendiquant d’al-Qaïda et qui avait notamment déclaré que comme lui, d’autres kamikazes tenteraient de se faire sauter le vendredi devant ds mosquées.
Est-ce que les bombes devant les mosquées d’Alep et de Damas sont à relier avec ces affirmations ?Difficile à dire, d’autant que nous avouons ignorer l’obédience religieuse – chiite-alaouite ou sunnite – des mosquées visées…
En ce qui concerne la lutte contre les bandes armées, Sana recoupe peut-être l’OSDH en faisant état de descentes de l’armée dans un quartier de Lattaquié, raids qui ont permis la saisie d’importantes quantités d’armes et de matériel de communications (mais pas encore les téléphones satellitaires promis par Fabius, NdlR).
Sana parle aussi d’une attaque contre des installations pétrolières dans la région de Deir Ezzor :
- les vigiles chargés de la protection du site ont repoussé les agresseurs, dont plusieurs ont été tués, et cinq autres capturés.
- Une autre attaque contre un point de contrôle de l’armée, dans la banlieue est de Deraa, a été repoussée,et trois assaillants ont été tué, et d’autres blessés.
- En revanche, c’est l’armée qui a attaqué un groupe d’insurgés à à al-Qusayr, au sud de Homs, tuant ou blessant nombre de ses membres, et détruisant deux véhicules équipés de mitrailleuses lourdes.
Autre « point d’accord » ponctuel avec l’OSDH, Sana dit que les « services compétents, aidés par les habitants, ont pris d’assaut de nombreux repaires de gangs terroristes » à Douma (banlieue nord de Damas).
Et à Hama, un lieutenant et quatre de ses hommes ont été blessés par l’explosion d’une bombe au rond-point d’al-Jawach.
Sana continue de distiller au compte-goutte quelque éléments sur les suites des combats de ces derniers jours à Haffé, à l’est de Lattaquié, et qui ont une défaite notable de l’ASL :
- des tunnels ont été découverts sous les positions tenues par les rebelles, qui contenaient de grandes quantités d’armes.
Et puis, ce 16 juin, de nouvelles obsèques militaires : un colonel, trois capitaines, trois adjudants-chefs, un adjudant, trois sergents-chefs, deux sergents, dix conscrits, un policier et deux civils.
Ces vingt-sept hommes sont tombés dans les secteurs de Homs, de Lattaquié, de Deraa, d’Alep, de Deir Ezzor et de Damas.
Le 15, ce sont deux policiers, victimes d’une attaque dans le secteur de Hama, qui avaient été enterrés.
Il est évident que ce ne sont pas l’ASL et al-Qaïda qui vont gagner cette guerre d’usure. Espérons simplement qu’elle s’arrête bientôt, faute de combattants islamo-otanesques….

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