Kofi Annan à Doha : il est évidemment conscient que son plan est inapplicable, et que ses hôtes qataris n'ont jamais voulu l'appliquer
« L‘heure approche d’un réexamen en profondeur (…) La communauté internationale doit décider de ce qu’elle veut faire désormais. de mes consultations avec de nombreux protagonistes, il ressort clairement qu’on ne peut pas continuer comme ça« .
Manifestement, Kofi Annan doute à haute voix des chances de succès, ou même d’un début d’application, de son plan de paix en six points.
Et il exprime ses doutes à Doha, au Qatar, devant les ministres de la Ligue arabe toujours aussi hostile, dans leur majorité, à la Syrie.
Le péché, ou le vice, originel du plan Annan
Nous aussi, comme tout le monde, nous avons douté dès le début.
- Comment pérenniser un cessez-le-feu et établir une amorce de dialogue politique avec des protagonistes – l’opposition radicale – qui sont dans une logique de renversement du régime en place, et qui, en attendant, organisent ou cautionnent une guérilla qui n’a jamais respecté la trêve proclamée le 12 avril par les autorités syriennes ?
- Les centaines de civils et de soldats tombés sous les balles et les bombes de l’ASL ou des salafistes depuis cette date, malgré la présence en nombre croissant d’observateurs onusiens, prouve assez que le plan Annan est vicié dans ses fondements mêmes.
Kofi Annan, qui a peut-être, après tout, sincèrement espéré que sa mission entraînerait au moins une accalmie de la violence, en appelle à la « communauté internationale » pour relancer son plan, ou en proposer un autre. Jeudi, il doit d’ailleurs intervenir à ce sujet devant le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale de l’ONU.
- Mais là aussi, la situation est figée. Car la Russie, la Chine et leurs alliés, qui représentent une partie « non négligeable » de la communauté internationale ont clairement signifié leur refus d’une subversion maquillée en opération humanitaire.
Vendredi, les représentants de ces deux puissances au Conseil de sécurité, avec celui de Cuba, ont bloqué un projet de résolution condamnant la Syrie pour le massacre de Houla.
Moscou, qui a des journalistes et d’autres sources de renseignement sur le terrain, a sans doute de bonnes raisons de douter de la responsabilité du pouvoir dans cette tragédie.
L‘axe Moscou/Pékin/Téhéran
Ambassadeurs de l'Union européenne, et donc des États-Unis, Barroso et van Rompuy sont attendus de pied ferme par Poutine sur la Syrie
On aura une preuve supplémentaire de cette détermination à l’occasion , du 29e sommet Russie-Union européenne qui débute ce 4 juin à Saint-Pétersbourg : dès l’ouverture du sommet, le président Vladimir Poutine a tenu, sur tous les sujets en cours, un discours ferme – et même qualifié de « froid » par Reuters – aux chefs eurocrates Herman van Rompuy (on est contraint de rappeler que ce monsieur est le président de l’U.E.) et José Barroso (président lui de la Commission européenne).
La Syrie est au menu de ces rencontres, et MM. van Rompuy et Barroso doivent s’attendre à encore plus de fermeté et de « froideur » de la part de leur interlocuteur à ce sujet.
Et mardi 5 juin, Poutine est attendu à Pékin, pour y rencontrer le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, un autre appui de la Syrie : les entretiens entre le président russe et les dirigeants chinois et iraniens ont clairement pour but de renforcer les liens économiques mais aussi politiques entre les trois nations.
Et de coordonner leur position sur le dossier syrien, et celui du nucléaire iranien.
Et après, Poutine restera jusqu’au 7 juin dans la capitale chinoise pour les besoins du sommet de l’Organisation de coopération de Shangaï qui regroupe non seulement la Russie et la Chine mais les républiques musulmanes ex-soviétiques du Kazakhstan, de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan, et du Kirghiztan, en majorité turcophones, mais plus dans l’orbite de Poutine que dans celle d’Erdogan.
Dans le contexte international actuel, on voit bien que le commerce est un prolongement de la politique, et que la Russie bâtit ou renforce un axe disons « non occidental ».
Qui peut, en Asie, bénéficier du soutien de la nation-continent indienne. Comme le remarque l’AFP, la présence à ce sommet de Poutine, après l’absence « ostentatoire » de celui-ci aux récents sommets du G8 et de l’OTAN, fait sens et confirme la logique de confrontation et de regroupement des puissances opposées à l’imperium euro-américan (ou plutôt américano-européen).
Sur la question syrienne, la Chine n’est décidément pas en retrait de Moscou : un éditorial du Quotidien du Peuple, organe principal du Parti communiste chinois et donc voix des autorités de Pékin, dit ce lundi 4 juin qu’une intervention militaire étrangère plongerait la Syrie dans un « chaos » plus meurtrier encore.
Et du coup les Chinois ne voient d’autre solution que de continuer à appuyer le plan Annan.
En finir avec les bandes armées
Alors ? Alors l’heure de vérité approche, qui sera celle où le gouvernement syrien, ayant accepté le pan Annan, ayant procédé au retrait partiel de ses forces des centres urbains, ayant – Annan et le général Mood l’ont reconnu – facilité l’accès des casques bleus, des journalistes et des convois humanitaires à plusieurs zones problématiques, décidera que la plaisanterie sanglante a assez duré, et qu’il n’y a pas d’autre alternative pour lui, et pour la sécurité et l’avenir des Syriens, que d’en finir avec ces bandes sans doute pas sans foi, mais en tous cas sans autre loi que la destruction et la persécution sectaire.
On va le répéter, le gouvernement syrien était obligé d’accepter le plan, pour satisfaire ses alliés russe et chinois, pour démontrer aussi en « grandeur réelle » la mauvaise volonté politique du CNS et des radicaux et leur absolue non fiabilité militaire. C’est chose faite, croyons nous.
Et dans son allocution devant les députés syriens, dimanche 3 juin, Bachar al-Assad a proclamé sa détermination à en finir avec les terroristes.
Le Point, à ce sujet, donne la parole à un de ces « experts » américains, Andrew Tabler, qui estime que « tous les efforts internationaux sont probablement voués à l’échec« .
Les Américains et leurs obligés s’autoriseront-ils de cet échec annoncé pour tenter une action « à côté de l’ONU » , Probablement pas vu les risques militaires et géopolitiques. Mais on peut leur faire confiance pour continuer à entretenir les foyers de rébellion.
Et là on en revient à la nécessité pour Damas d’éradiquer cette rébellion. Pas besoin d’être un expert international pour en arriver à cette conclusion.
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