Je suis très excité, je n'ai presque pas dormi de la nuit. Notre équipe nationale va faire sa première apparition à l'Euro 2008. Les nouvelles sont plutôt bonnes. Tous nos analystes nationaux font confiance au staff technique. Notre entraîneur est parmi les meilleurs du monde, toutes les équipes le convoitent. Nous n'avons pas été champions d'Europe pour rien. Rien ne nous disposait à le faire, pourtant nous avions vaincu les plus forts. Les joueurs sont aussi en bonne forme, on ne déplore aucune blessure, tant mieux pour nous. Avec l'âge il est très difficile de récupérer un blessé. Et puis l'expérience compte beaucoup dans ce genre de compétitions. Tout l'avenir se joue sur un match ou deux. Tout dépend de ce premier match.
La pelouse est superbe, tant mieux, le risque de blessure est moindre, et même l'équipe adverse joue du bon football, il n'y a rien à craindre de ce côté. Leur public est magnifique, tout aussi bien que le nôtre. Il n'y a qu'à regarder. Les couleurs sont presque unanimes. Le jaune de l'un le bleu de l'autre. Bien que le leur soit plus répandu. Enfin ce n'est pas un véritable handicape, nous équilibrerons les choses par nos fanfares. On dit de toujours de nous que nous sommes chauds, j'en ai eu un vibrant exemple en venant au stade, les nôtres étaient de loin beaucoup plus bruyants. J'espère que cela continue et que nous puissions soutenir notre équipe, elle en a bien besoin. Les attaques de l'adverse se multiplient, s'il n'y avait pas l'expérience des vétérans, on aurait déjà encaissé un but. C'est pour cela que nos spécialistes disaient que l'expérience était un atout important de notre "onze national". Mais quand même, j'aurais aimé que les nôtres arrivent au moins au carré adverse, mais peut être que cela viendra au fil des minutes, c'est sûrement une tactique de l'entraîneur, je l'ai toujours dis, ce type là est un renard. Il laisse passer l'orage pour contenir la fougue des jeunes de l'équipe adverse, puis il lance une contre attaque foudroyante et c'est le but, c'est de bonne guerre. C'est comme cela qu'on avait obtenu notre dernier sacre. Mais quand même, cela tarde à venir. Mais faisons lui toujours confiance, il sait ce qu'il fait!
Enfin la mi-temps. Nous n'avons pas encaissé de but, et c'est déjà ça. Il est sur que notre entraîneur national leur fera montrer de quoi il est capable. On dit toujours que le second mi-temps est celui des entraîneurs, le nôtre est beaucoup plus expérimenté que le leur. C'est de l'avis de tous les pronostiqueurs, le champion d'Europe ne peux pas perdre son premier match.
Cela se voit que la tactique n'est plus la même, le premier changement est révélateur, un vétéran a cédé la place à un jeune. De plus c'est au niveau de l'attaque, l'entraîneur montre ses cartes, l'adversaire n'a qu'à se tenir tranquille, je comprends maintenant sa tactique, il laisse venir l'adversaire, endorme le match, puis tout d'un coup, une contre attaque éclaire et le tour est joué. Avec ce jeune attaquant qui court comme un guépard, ce ne sera pas difficile. Enfin j'espère que je ne me suis pas trompé, car notre équipe endorme trop la balle, et il est sifflé de partout. Il n'arrive même plus à dépasser le milieu de terrain. Nous devons réagir, notre public huera les leurs, mais voilà, eux ils jouent dans notre moitié de terrain, mais tant pis nous sifflerons quand même chaque fois qu'ils ont la balle, quand même c'est fatigant, ils monopolisent trop la balle, et je n'ai, plus l'age de siffler si longtemps. Vivement que l'entraîneur sorte le grand jeu. Rien à faire, nos joueurs perdent tous leurs duels. C'est peut être l'âge, les jeunes de l'équipe adverse sont plus en forme, cela se voit. Vivement que l'arbitre siffle. Malheureusement nous sommes encore très loin des 90 minutes et le risque se précise de plus en plus. Toute notre équipe se défend courageusement ,…. Dans son carré de dix huit mètres. C'est dangereux ça, voilà ce que j'ai dit. Un tire foudroyant, et c'est le but. L'équipe adverse, vient d'ouvrir le score. Ils sont heureux et leur public leur fait le "olé", entre nous ils la méritent, mais attention il reste encore plus d'une demi-heure, et notre équipa est capable de revenir au score, c'est là que l'expérience joue, et nos vétérans en ont dans leurs crampons.
Cela se voit déjà, ils malmènent la défense adverse, mais leur gardien est très vigilant, c'est normal, le match vient de commencer pour lui, il avait passé les soixante premières minutes bien au repos. Les signes sont encourageants, déjà deux corners en moins de cinq minutes, il est sur que les nôtres ne se laisseraient pas faire par un tas de jeunes dont c'est la première manifestation internationale. L'expérience dira son mot, je n'y doute pas une seule seconde, d'ailleurs voilà un coup franc bien intéressant, le ballon touchera sûrement les filets, notre n°10 en a transformé tant. Ouais, il y était presque, le gardien l'a détourné, c'est encore un corner. Toutes nos grandes gabaries descendent au carré. Un cafouillage, l'un des nôtres tombe, c'est un penalty, oui, c'en est un, c'est claire, mais l'arbitre n'est pas de cet avis, il demande de continuer le jeu, mais continuer comment, toute notre défense est restée dans le carré adverse, il n'y a plus que notre capitaine qui joue le demi centre, et ils sont trois qui courent comme des flèches, ils sont déjà dans notre carré et les nôtres étaient encore au centre, les jambes très lourdes. Ils s'arrêtèrent lorsque le ballon visita nos filets. Ils s'agenouillèrent pour la plupart. La couleur de l'équipe adverse s'étend sur tout le stade, et leurs applaudissements martèlent mes oreilles. J'ai les larmes aux yeux. Non seulement pour les deux buts, mais surtout pour nos vétérans. Ils semblent tout d'un coup vieillis. Ils ne savent plus quoi faire. Ils veulent réagir mais ils n'en ont plus la force, alors que l'équipe adverse court encore comme s'ils venaient d'entamer le match. Encore un changement, le demi-centre sort et il est remplacé par un jeune. Il est aussi très rapide, il gagne ses duels, mais je crois qu'il arrive trop tard. Il ne reste plus qu'une dizaine de minutes, mais quand même il ramène de l'espoir, et notre équipe repart à l'attaque, encore un corner, mais attention il n'est plus question de dégarnir la défense. La conséquence c'est que le dégagement du gardien ne fut qu'un jeu d'enfant. Peu importe, il ne faut pas baisser le bras, je continue d'encourager notre équipe de toutes mes forces, mais je manque de voix , la plupart des nôtres n'ont plus d'espoir. Les minutes courent trop vite, tellement elles étaient longues lorsque nous croyions au match nul. Je fais le tour de mes camarades, la plupart se tiennent la tête, le plus grand nombre ne regarde même plus le match. Moi aussi d'ailleurs, mon esprit est ailleurs, je revoie ma femme enceinte entrain de me chercher à l'écran, et les camarades de bureau auxquels j'avais promis la victoire, je pense aussi à mon retour au quartier et au club où nous devions fêter cette victoire. Mes larmes coulent d'elles mêmes, entachant les couleurs de notre drapeau que j'avais soigneusement tracé sur mes deux joues .
C'est comme si j'étais fautif dans tout cela, pourtant je n'ai pas faillit à mon devoir, j'ai laissé les miens et je suis venu apporter mon soutient .
J'applaudis quand même ces vétérans qui ont presque honte de leur prestation, qui leur tardait d'entrer aux vestiaires et d'oublier à jamais cette défaite . C'est comme si ce n'était pas seulement leur défaite mais aussi la mienne , et celle de tout un peuple qui croyait tant en son équipe et à cet entraîneur "incompétent" . L'expérience c'est bien, mais quand il faut courir, il faut aussi des muscles jeunes.