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Catégorie: Arts & Littérature :
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La grande horloge sonne ses vingt quatre coups. L'homme regarde sa petite montre, enlève ses lunettes et s'étire. Il éteint son ordinateur et se lève. Il regarde autour de lui, et contemple avec nostalgie les centaines d'ouvrages qui ornent sa bibliothèque. Il en choisit un au hasard, le dépoussière un peu et le remet en place. Il ne prend même pas la peine d'en lire le titre. Il s'approche du vieux bureau en bois massif, , caresse le fauteuil- chaise en cuir et s'y assoit. Il continue à s'étirer et à bailler. D'un geste mécanique il prend la belle plume noire , y passe son pousse jusqu'à la sa pointe, et la remet dans son encrier vide, à coté du grand buvard vert . Il réajuste l'ensemble à droite puis à gauche et finit par les pousser un peu plus vers le coin du coté de la porte. Il reste là à bailler longuement et se relève. Il éteint la lumière et sort en fermant . Cette bibliothèque qui sert aussi de bureau, avait beaucoup perdu de sa quiétude depuis que le maître de maison a décidé d'y installer un ordinateur. Cela fait presque six mois que cette boite à merveille dérange tous les occupants de cette grande pièce qui retrouve enfin son calme . La pauvre porte, jadis bien chaude dans son cuire risque une bronchite, tellement elle s'ouvre et se referme à longueur de journée. Elle qui avait le privilège de servir exclusivement le maître de maison, se trouve depuis lors agressée par toutes les mains. Elle en souffre et ne cesse de grincer pour marquer son indignation. Il faut dire aussi qu'elle n'a plus l'age pour se donner à ses exercices. Personne n'avait le droit d'entrée que le maître lui même. Elle reconnaissait les lignes de sa main lorsqu' elle lui tendait son poignet. Elle ne résistait jamais lorsqu'il introduisit sa grande clef et s'ouvrait du premier coup. . Elle avait toujours veillé sur les livres de cette petite bibliothèque . Elle les gardait si jalousement que la poussière même n'avait pas droit d'entrée. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, il suffit de dire qu'elle est ouverte toute la journée. Heureusement que le maitre était le dernier à sortir et qu'il garde toujours cette habitude de fermer.Les pauvres livres peuvent enfin retrouver leur tranquillité , et peut être aussi dormir. Leur vie fut complètement bouleversée depuis que le maître de maison a introduit cette boite à son qu'ils appèlent ordinateur. L'encrier , presque inerte est lui aussi là, dans un petit coin sombre . Il est vidé de cette encre qui lui avait pourtant donné son nom, et sa couleur. Il est plutôt grisâtre, signe de vieillesse, C'est l'âge ! La plume qui n'a rien perdu de sa beautéle regarde nostalgique devant elle . Aucune ride, malgré ses cent ans. Cela fait un siècle qu'elle veille sur la ligne.......De sa feuille ...et de son ..... corps , et même de sa ...... sa conduite Sa ligne de conduite est irréprochable. l'encrier en est témoin. Aucun gros mot , que de la belle parole! L'encrier est de plus en plus nerveux, il ne se contrôle plus et rouspète tout le temps: " Je ne supporte plus le son de cette boite, je vais finir par faire une crise " Moi ce sont surtout les images obscènes qui me mettent hors de moi " Tu ne serais pas un peu jalouse? " De qui ou de quoi? De cette boite à son? " Oui, c'est elle qui t'a mise en retraite anticipée. " Peut être, Cela fait très longtemps qu'ils n'ont plus caressé le bon papier ni même senti la belle odeur de l'encre . Autant dire qu'ils sont en retraite, forcée ! En fait, ils n'ont jamais aimé l'oisiveté. Ils avaient influencé toute l'histoire...... ils créaient l'espoir , ravivaient les ardeurs, apaisaient les douleurs, séparaient les amoureux ,pour mieux les réunir . Ils vouaient une confiance en la justice divine. Défendaient le "bien", alors que le "mal" domine. Ils croiyaient toujours à la beauté absolue. Pour eux , le mot n'est pas une simple suite de syllabes. C'est surtout une belle image Une fresque le long de la page, Pourtant l'homme reste l'homme Il n'est pas clément , il les a peu à peu poussées vers l'extrémité de ce grand bureau alors qu'ils en avaient longtemps occupé le centre . Autant dire qu'ils s'approchent chaque jour un peu plus de la porte de l'oubli ! Le calme qui imprègne cette grande pièce les a toujours impressionné. Les gens y parlaient si doucement que l'on se croirait dans un lieu de culte. C'est peut être vrai d'ailleurs. Elle contient tellement d'ouvrages qu'on dirait un conseil de sages . La plume se rappelle parfaitement de tous ces grands de la sagesse pour avoir transcrit leurs noms au moins des centaines de fois. Elle se remémore encore le contenu de leurs pensées. Avec eux elle avait apprit la bonne parole. Elle sait toujours que c'est le mot qui véhicule la pensée . Elle sait aussi qu'il est aussi sacré que vulnérable. C'est pour cela, qu'elle s'était jurée, de ne transcrire que les mots justes. Elle rechignait à reproduire la mauvaise parole, et parfois lorsqu'on la forçait, elle marquait son amertume par le jet d'encre. Elle préférait accoucher ailleurs plutôt que salir la belle fresque par un gros mot. D'ailleurs tous ceux qui l'avaient côtoyé savaient cela. Ils évitaient toutes les grossièretés car ils savaient que jamais elle ne le leur pardonnerait. Ils mettent le "gros mot" entre guillemets. Elle trouvait un plaisir à se faire caresser par les deux doigts de la main. Quel que soit celui qui la maniait , elle répondait toujours présente ! Il suffisait qu'elle sente qu'il est sincère. Elle n'hésitait pas à s'envoler aux fins fonds de la connaissance , et d' y puiser la sagesse. Oui c'était la belle époque. L'encrier , malheureux, compatit ; mais il n'a plus de larmes . Il est muet depuis qu'il ne peut plus s'exprimer! Pourtant, il sent qu'il est aussi jeune et viril qu'avant. Qu'avec lui la plume peut encore avoir un réel plaisir; qu'ensembles, ils peuvent créer la vie , reproduire de belles fresques, et enfanter de belles sagesses. Malheureusement rien n'est éternel. Il n'ose même plus regarder vers sa compagne……. calme, pensive, et stérile. Il est sûr que l'homme n'a plus besoin de leurs services. Cette boite carré qui émet des sons leur a prit toute la place. Oui on ne peut pas arrêter le progrès. Cette chose contient en son sein plus d'ouvrages que ceux de cette grande pièce. C'est peut être pour cela que les livres ont été eux aussi mis en quarantaine. Plus personne ne les consulte. Il semblerait même, qu'ils ne sont plus d'actualité. Oui ces ouvrages qui ont toujours résisté aux temps, mais qui donnent les signes du vieillissement.. Leurs formes et leurs couvertures les rendent "snob" gênants même! Leurs vues ne sont plus aussi perspicaces. Ils ne peuvent plus voir aussi loin. Enfin pas assez pour ceux qui ont hâte de connaître le future. Ils semblent aussi manquer de souffle, et ne peuvent pas suivre le même rythme . La course folle à l'information les a largués loin derrière. En fait se sont les gens qui sont impatients, et encore plus fainéants! Ils ne peuvent plus prendre la peine de feuilleter. Paraît-il c'est fatigant et c'est même démodé. Il suffit de "cliquer". Oui, une touche et le texte accoure comme un chien bien rôdé, prêt à être remodelé . C'est dommage! Le texte a perdu toute humilité. Il n'exige plus que l'on respecte son intégrité. Il ne demande plus qu'on sauvegarde sa célérité! Même la phrase a perdu sa dignité. Elle se présente d'elle-même maquillées de mille façons pour plaire. Elle se solde pour ne pas dire qu'elle se "prostitue" . C'est écœurant ! Même le mot a perdu sa vanité . Il n'attend plus qu'on peine pour le choisir et le supplier de peindre la pensée Il n'est même plus aussi beau qu'avant. Ses caractères sont uniformes comme sortant d'une usine. C'est lamentable. Toutes les langues se mêlent dans une proximité inquiétante. Aucune d'elles n'a su garder sa souveraineté et sa virginité. C'est honteux. La plume sait tout cela, mais n'ose pas en parler. Elle a toujours était discrète et ce n'est pas aujourd'hui qu'elle changera. Elle n'osera jamais dévoiler ce qu'elle voit devant elle. Elle n'osera jamais décrire ce qui est advenu des mœurs. Ce que cette boite fait paraître comme horreurs. Déjà qu'elle refusait d'écrire les gros mots alors décrire ces horreurs , serait le pire des supplices. Elle préfère ne pas commenter et rejoindre le mutisme de son compagnon de toujours ! A ce rythme, tant les livres, la plume que l'encrier deviendront de trop. Déjà ils sont encombrants. Ils risquent de devenir bientôt des "SDF", La pièce, jadis maîtresse, qui les a toujours si tendrement parrainé est aujourd'hui en option, et bientôt, elle n'aura plus place dans l'architecture. L'homme porte toute sa bibliothèque dans la petite boite à merveilles; Les livres fatigués, acceptent leur destin. L'encrier lui aussi semble résigné. Il ne bouge plus et ne réclame plus rien. Il sait que si on l'arrose d'une seule goûte d'encre, les flammes de la plume, se raviverait. Elle demanderait encore à caresser le papier. Elle irait combattre la mauvaise parole. Elle irait rendre au mot sa beauté, à la phrase sa dignité, au texte son intégrité et à la langue sa virginité. Il sait qu'elle a le mot pour épée, et les valeurs pour bouclier , et qu'elle est capable de raviver la sagesse, Il sait qu'elle peut faire ralentir l'horloge et laisser aux gens le temps de vivre et d'aimer la beauté . Il sait tout cela, mais il a peur pour elle. Il ne veut pas la lancer dans un combat perdu au risque d'être choquée. Il préfère qu'elle garde l'espoir qui la laisse en vie, et qui la fait toujours rêver. L'espoir ! Elle est la seule à croire encore à ce remède miracle. |
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LE PETIT GRAIN DE FOLIE Quelques part au ciel, les sages de toutes les constellations se réunissent en assemblée annuelle plénière .Beaucoup de dossiers figurent à l'ordre du jour, mais le plus important est celui des doléances des habitants de la planète "Terre". Ces êtres vulnérables semblent être les souffre-douleur des autres, qui les agresseraient tout le temps transgressant le pacte de non ingérence régissant le cosmos. En fait tous les habitants des autres planètes se satisfaisaient de leurs conditions sauf ceux de la terre, et chaque fois c'était pareil. Le "soleil", chef de fil de la constellation est pointé des doigts. D'après l'homme , représentant la terre, cet astre règne désormais en maître absolue, et perturbe l'équilibre écologique de la planète. Les déserts s'intensifient au détriment des terres cultivables. L'eau devient une denrée rare. La famine et les maladies créent des tensions, et des guerres. La mort remplace la vie. Tous les êtres vivants en subissent les conséquences. L'espèce étant elle même en danger. Les sages demandent des explications au soleil. "Vous savez aussi bien que moi que cette petite planète a toujours été ma préférée. Je sais qu'elle ne peut vivre sans mon énergie, alors je n'ai jamais cessé de la lui fournir. Si elle n'arrive pas à la répartir équitablement, c'est que ces êtres sont pas tous bons. " Pourquoi vous ne répartissez pas vous même votre énergie " Je veux bien, mais cette planète tourne tout le temps, et je n'ai pas qu'elle dans mon constellation. "Et cette question déséquilibre équilogique que vous aurez provoqué. " En fait je n'ai jamais augmenté le volume des mes rayons . Ce sont les terriens qui avaient ouvert des fenêtres dans la zone de protection "l'ozone" . J'avais cru comprendre qu'ils voulaient recevoir directement l'énergie sans la soumettre au contrôle . "ils disent aussi que leur espèce est en danger, car vous les entraînez dans des famines et des guerres "Les habitants de cette minuscule planète sont des sanguinaires innés. Ils s'entretuent tout le temps et ne donnent aucune valeur à la vie. Ils ne peuvent jamais suivre une ligne de conduite claire et linéaire. Ils peuvent en même temps aimer et haire, pleurer et rire , s'éveiller et dormir. Ils sont trop complexés . "Mais ils font partie de l'ordre "A mon avis, ils ne sont pas sages et je pense que leur disparition ne gênerait en rien l'ordre universelle". Le président du conseil réfléchit longuement puis réplique: "Nous n'avons jamais eu à trancher dans de pareil cas, mais notre constitution nous interdis de les laisser disparaître . C'est une minorité et ils ont plus besoin de protection que nous . De plus seuls les faits doivent être pris en compte. Qu'ils soient sanguinaires, qu'ils aiment ou haïssent cela ne saurait nous intéresser . " C'est cette caractéristique qui les distingue de toutes les autres matières composant le cosmos, et c'est cela qui causerait leur disparition. " D'ailleurs je ne comprend pas certains termes que vous utilisez tels que " aimer et haire, pleurer et rire , s'éveiller et dormir ". Pourtant, je ne me rappelle pas vous avoir déjà entendu employer ces mots auparavant. Comment arrivez vous à les appréhender puisque , comme nous , ces mots n'existent pas chez vous non plus? " Oui les temps changent, ce sont des termes que j'ai appris en fréquentant les terriens. C'est ce qu'il appellent les sentiments et c'est ce qui les différencie des autres êtres du cosmos. " Cela doit être quelque chose de transmissible , puisque, vous avez été affecté " Oui c'est transmissible, mais ce n'est pas dangereux pour le cosmos " Nous sommes mal placés pour juger les sentiments puisque nous n'en avons pas, mais est ce que cela a un rapport avec leurs doléances " Oui certainement, puisque ce n'est pas quelque chose de palpable, ce sont des sentiments " Si vous pouvez nous en dire plus. " Par exemple lorsque l'être humain est affaibli, il dit que c'est le soleil qui l'a frappé. Le soleil ne frappe jamais personne, mais l'être humain pense que la cause de son malaise est le soleil, alors il le culpabilise . Le principe étant que l'être humain n'a jamais tort, et tout le mal qui sévit dans cette planète est le fait des autres. Ils arrivent même à culpabiliser les étoiles sur les déboires de leurs vies! "Mais qu'est ce que cela à voir avec le rôle des étoiles dans le changement du cour de vie des terriens. " C'est la même chose. Il y a des êtres qui arrivent à avoir tout, et ceux qui n'ont rien. Les premiers disent que c'est la "bonne étoile qui leur a donné cela à la naissance. Les autres disent que c'est la "mauvaise étoile" qui en est responsable. " Mais à quoi ils reconnaissent les étoiles pour les juger. Ils ne les ont jamais touchées . " Ce sont leurs sentiments qui leurs disent que cet étoile est bonne et l'autre est mauvaise. "Mais une étoile bouge, et la terre aussi, comment peuvent-ils savoir que c'est la même que celle qui brillait à leur naissance? " Je vous ai dit qu'il ne faut trop donner de crédits à leurs doléances, ce ne sont pas des sages. "Ce n'est pas une raison pour ne pas chercher à connaître la réalité des choses. En somme, se sont des êtres illogiques. Mais se sont des êtres quand même, et nous sommes ici pour la sauvegarde de la vie. Qu'est ce que nous pouvons faire pour remédier à cela. " La réalité ne peut être connue que par les terriens, c'est leur réalité, et cela n'a rien à voir avec notre conception des choses " est ce que vous pouvez nous apporter un morceau de cette réalité afin que nous puissions l'analyser. Il se peut qu'il apporte quelque chose de plus au cosmos. "La réalité n'est pas palpable, elle est vécue par chaque être selon sa condition sociale. Son rapport avec la matière est perçu différemment selon ce que cette matière lui apporte comme sentiment: satisfaction ou frustration " Voilà que tu utilise encore des termes incompréhensibles, comment veux-tu que nous jugions si nous ne comprenons même pas le sens des mots " Ce sont toujours des sentiments, des sensations qui apportent la joie ou la colère, mais qui n'ont qu'une infime incidence sur la matière c'est à dire sur leurs corps. Cela touche surtout leurs psychiques. Le président du conseil n'arrivant pas à suivre, . Les termes utilisés par le soleil demeurent inintelligible pour le plus intelligent du cosmos. "Les terriens ne sont pas rationnels. Les choses qui peuvent développer leurs corps comme les végétaux sont délaissés au profit de grandes matières productives de produits qui altèrent la composition chimique de l'atmosphère. Evidemment cela avait fini par fissurer la couche dont vous avez enveloppé cet astre. Désormais je n'ai plus le choix, ou bien je déverse plus d'énergie qu'il n'en faut et cela ne fait que rendre encore plus désastreuse leur situation déjà critique, sinon, je peux arrêter de leur envoyer mes rayons, mais dans ce cas ils ne résisteront pas plus longtemps. A moins que vous ne leur trouver une autre source d'énergie" " En fait si je comprend bien, ce sont des suicidaires "Exactement " Donc leurs doléances ne sont pas fondées " Je le crains votre imminence " Et s'ils viennent à disparaître de ta galaxie, est-ce ton équilibre en souffrirait " Physiquement non, mais psychiquement oui " Encore ces vocabulaires? Peut-tu être plus claire "Depuis le temps que je vois ces petits fous s'auto détruire, et depuis le temps que je fais tout pour régénérer la matière détruire, j'ai pris plaisir à les taquiner. S'ils disparaissent je risque de ressentir leurs sentiment, alors je pourrais commettre quelques gestes qui auront une conséquence sur tout le cosmos " A ce point Oui votre imminence " Dans ce cas nous vous laissons le soin de gérer leur situation en fonction des besoins du cosmos. Mais tu commence par leur envoyer un avertissement, dis leur qu'il est désormais inutile de déranger tout l'ordre par leurs petites folies suicidaires. |
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A peine grand père regagna-t-il sa chambre que Mi Aziza installât les lits de fortune et se mit au milieu de la chambre. Sa corpulence faisait d'elle presque le rond point de cette petite pièce. La peur qui couvait dans l'esprit des enfants , bien couverts par de lourdes "Laabanas"* grandissait au fur et à mesure des préparatifs . Tout le monde attendait de savoir de quel "Gin" grand mère allait-elle parler cette fois. Il faisait noir partout ailleurs et les gros yeux de Mi Aziza brillaient au contact de la lumière chancelante qui faisait valser son ombre démésuremment grosse sur le mur de coté . " Commençons par glorifier Dieu, ensuite nous demandons le salut au Prophète: Tout le monde cria en chœur: : Allah O Akbar , que Dieu aie sidna Mohamed en sa sainte miséricorde "Au nom du Dieu tout puissant je salue le prophète et lui demande la miséricorde. Dieu viens à mon aide pour que je me rappelle de toute l'histoire et que mes enfants et mes petits enfants n'en deviennent pas chauves. Tout le monde en ria. " Il était un temps où tout était possible: les aveugles pouvaient coudre les habits , et les paralytiques pouvait sauter les murs*, " Mon histoire se passait dans une ville côtière très connue pour ses belles sardines et son grand port. Justement, tout près du vieux port, tôt le matin, une femme en jellab traversait hâtivement la petite plage rocailleuse , serrant contre sa poitrine un bébé emmailloté dans des langes blanches . La jeune dame monta tant bien que mal les roches qui longeaient le mur du port, s'arrêta un moment et regarda de tous les cotés. . Une petite vague lécha ses babouches, et mouilla le bas de son jellab. Elle trébucha et faillit tomber. Elle se ressaisit et continua d'escalader précipitamment les petits rochers. -------------------------------------------------------------------------------------------- * Laabanas: lourds drap en laine faites de la main *Une phrase qui précédait tous les contes . Ceci voulait montrer qu'il fallait tout croire et ne jamais poser de question avant la fin. Cela avait aussi pour conséquence de laisser au conteur la liberté d'innover et de créer l'histoire en fonction de l'auditoire A quelque mètre du mur , elle embrassa son bébé, et le déposa dans une palette coincée entre deux rochers. Elle allait le quitter lorsque les cris du bébé déchirèrent l'intimité de cette séparation. Elle le reprit entre ses mains et le serra fort contre sa poitrine, essayant de le calmer , en vain. . Elle s'assit sur le rocher, et allaita tendrement son enfant. La jeune maman contempla longuement l' innocence de son bébé , avant que les premiers rayons du soleil ne la rappelèrent à l'ordre, elle l'embrassa fortement une dernière fois, le remit précipitamment dans la palette avant de repartir . Un vieux pêcheur rentrait au port . Sa barque toute rouge caressait les petites vagues que ce vent du matin réveillait doucement. Sa voix roque éloignait les mouettes qui suivaient de visu les belles sardines et autres pièces qui ornaient ses filets. La présence de la palette et les cris de l'enfant attirèrent son attention. Il accosta tout près des roches et récupéra le bébé. Le" portugais" comme l'appelaient ses amis rama du plus vite qu'il put et sa barque atteignit bientôt le quai. Les courtiers, comme à leur habitudes vinrent se disputer ses prises souvent spectaculaires. Ils furent surpris par l'existence du bébé tout mouillé à bord. Bientôt tous les marins entourèrent la barque rouge et posèrent au pauvre pêcheur mille et une question.. Les enfants de bas âge abandonnés étaient monnaie courante à l'époque. Les marins laissaient toujours un petit souvenir derrière eux, mais personne n'avait encore jamais vu un bébé sortir mouillé de la mer. La nouvelle circula comme un feu de paille et les curieux accouraient de tout bord pour assister à ce miracle et voir le bébé déjà baptisé : "L'enfant de la sirène". Questionné sur l'origine de ce bébé qu'il ramenait de la mer, le vieux pêcheur essaya de leur expliquer en "portugais" qu' une femme l'aurait certainement déposé dans la palette . Il ne cessait de répéter le nom d'Aicha. Pour lui cela signifiait tout simplement une " femme " . Parlant peut être aussi des "conditions" de cette trouvaille il répéta à plusieurs reprise le mot "Quondicha". C'est que le pauvre ne parlait pas l'arabe! Alors les marins n'avaient plus qu'à faire le lien entre les deux mots et bientôt le nom "d'Aicha qondicha" circula de bouche à oreille. Dites bismi Allah Arrahmane Errahim* Toute l'assistance répéta précipitamment la même phrase! "Toi Omar, souffle sous ton "Tchamir" L'enfant s'exécuta à la lettre! Cela donna à l'événements un effet mystique. Les gens se regroupèrent ici et là discutant des plus fermes : L'affaire était grave! C'est que mes enfants, le nom "d'Aicha qondicha" donnait la chair de poule. C'était une "Gin" féminine et la pire de son espèce. Elle guettait les hommes dans tous les coins sombres où il y avait de l'eau comme les toilettes et les "Hammams". Aucun homme ne pouvait lui échapper. " L'amine des pêcheurs, très connu pour sa clairvoyance intervint : " Le portugais doit sûrement confondre, il ne peux pas s'agir d'Aicha qondicha, mais plutôt de "lalla Aicha Bahria " " C'est vrai, qondicha est une "gin" terrestre, alors que l'enfant sortait de la mer " C'est sûr que c'est le fils de lalla Aicha Bahria " Elle l'aurait ramené du "Ouali Moulay Bouchaib"* rajouta son ami en riant " Oui avec tout ce qui se passe dans ce ouali* " Oui le ouali qui donne les garçons, mon œil! " Il donne plutôt les bâtards! Et les rires fusèrent de partout remplaçant la peur qui rodait tout autour! L'Amine contempla longuement le petit qui criait à mort: " Mais ce bébé ne ressemble pas beaucoup aux gens de l'intérieur " C'est vrai , regardez ses yeux verts . " Et si c'était une sirène qui venait de chez les Nçaras"* " Sûrement une portugaise , car autrement comment est ce que le portugais l'aurait comprise. " Quelle que soit sa mère humaine ou animale musulmane ou impie, nous ferons bien de le laisser tranquille, la sirène a choisit le portugais et elle seule en connaît la raison . Nous appellerons le bébé Aissa du nom du prophète chrétien, et nous le laissons au portugais, c'est lui qui a été choisi par la sirène!! " Il est vraiment chanceux ce vieil ivrogne, la sirène ne le laissera manquer de rien, j'aimerais bien être à sa place, lalla Aicha me donnerait tout ce que je voudrais sans fournir le moindre effort. Je me demande pourquoi elle l'avait choisit? " Peut être parce qu'il n'est pas musulman " Ou peut être par ce qu'il est habité par les "gines", il ne dort jamais! " Oui ce vieux alcoolique ne cessera jamais de nous étonner " Déjà personne ne sait d'où il vient lui même , et maintenant il nous ramène un enfant de sirène ----------------------------------------------------------------------------------------- * Bismi Allah Arrahmane Errahim: Au nom de Dieu clément et miséricordieux *" Moulay Bouchaib": Darih situé près d' El Jadida, souvent visité par les femmes stériles ou en quête de garçons *Ouali: Homme pieu sur la tombe duquel on construit un mausolée. *Nçaras: mot utilisé pour parler des Français mais aussi des chrétiens et des européens en général. |
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C'était la veille d'Achoura et sa maman était heureuse de trouver quelqu'un à qui se confier ! " La "Rfissa" sent bon maman , que Dieu t'accorde longue vie et bonne santé " La santé ma fille est une denrée rare, heureux ceux qui savent la garder. Hélas, je n'en ai plus pour longtemps " Non maman tu es encore dans la force de l'age, tu aura sûrement l'occasion de voir mes petits enfants " Non ma fille , il faut se rendre à l'évidence, cela ne fait qu'empirer " Ne t'en fais pas Dieu est grand, tu verra, tu guérira incha Allah". " Si je tiens encore à la vie c'est seulement pour vous et pour ce pauvre Hadj, il me fait pitié. A son age il continue à conduire le car et à supporter ces longs déplacements. " Ne t'en fais pas pour lui , c'est un homme et il sait se débrouiller. Occupes toi plutôt de ta santé, et n'oublis pas que cela fait plus de quarante ans qu'il fait ce métier. " Quand même la femme n'a que son mari. Et le tiens il ne donne toujours pas signe de vie? " Hélas non! " Voilà ce qui nous arrive lorsque nous n'écoutons pas les conseils de nos parents " Encore le même disque, je te le répète pour la millième fois! c'était une erreur de jeunesse. "Cet homme ne m' inspirait pas confiance , si tu n'étais pas tombée ton père lui aurait carrément refusé ta main. Un marin, et de plus un ivrogne, je ne sais pas ce qui t'a plu en lui? Est ce que tu es au moins sure qu'il n'a pas une autre femme Sentant que la discussion devenait plus intéressante, le garçon s'assit à coté de Mi Aziza et attendit la suite. La suite c'était une brûlante pincette qui lui réchauffa le bas de fesses, spécialité de grand mère qui cria: " Tu n'en a pas assez d'écouter les femmes parler? Vas rejoindre ton grand père au salon. Tu es un homme maintenant ta place n'est pas aux cuisines . " Le garçon se retira traînant les pieds, les oreilles toujours collées à la discussion des deux dames . " Qu'est ce que j'en sais moi, il sort en bateau et s'absente des mois durant; " Tu n'écoute jamais mes conseils. Je connais une "voyante", qui te dira sûrement s'il a une autre femme ou pas . "Tu sais très bien que je n'ai pas fait toutes ces études pour croire à ces balivernes, si ces voyantes pouvaient voir leur propre avenir elles changeraient sûrement de métier. " Si je savais que tu allais renier ta religion je ne t'aurais pas permise d'aller à l'école " Mais cela n'a rien à voir avec la religion, ce sont des gens qui abusent de votre ignorance. "Tu peux dire ce que tu veux, ce sont les Fkihs* qui arrangent ces choses " Peut être que tu as raison après tout, j'en ai marre de cette situation, mariée et sans mari, je crois que je vais finir par demander le divorce. "Surtout pas ma fille, ton père en mourrait. Au moins là il peut se targuer d'avoir une fille mariée, autrement il n'osera plus mettre les pieds dehors. Une femmes divorcée, ce n'est pas une bonne référence dans notre famille. Reste telle que tu es et fait confiance en Dieu, il est grand , l'essentiel c'est que ce lâche de marin te trouve chez toi, lorsqu'il décide de revenir. " Peu m'importe ce que disent les gens, je ne suis ni la première ni la dernière femme qui demande le divorce. " Tu as pensé à tes enfants? " C'est justement ce qui me fait hésiter. Les enfants ont grandis et commencent à me poser des questions, surtout Omar, il est arrivé à l'age de puberté et il a besoin de son père. " Si tu m'avais écouté au départ , tu n'en serais pas arrivée là " Encore ton Fkih et ses potions magiques ! "Oui mon Fkih . Voilà plus de quarante ans que je me suis marié à ton père, est- ce qu'il m'as jamais abandonné ? " Au fait comment ça va avec lui je remarque qu'il grogne de plus en plus ? " Comme à son habitude, il devient très nerveux! La jeune maman lança un grand rire avant de répliquer: " Tu n'as qu'à lui augmenter la dose! " Ris, tant que tu y es. Crois moi, j'y pense mais il ne le supporterait pas, "Tu es sûre au moins qu'il n'a pas une autre femme? " Non pas ton père, il ferait tout sauf ça . " Comment peut tu en être sûre, tu ne le vois qu'un jour sur trois, et les deux autres jours où est ce qu'il les passe? "Tu as raison, Dieu seul sait ce que les hommes sont capables de faire, il faudrait que j'aille consulter ma voyante, je lui demanderais par la même occasion pour ton mari. " Contente toi de surveiller le tiens, le mien est sûrement trop loin des radars de ta voyante, il est en Europe Il y eut un grand silence, entrecoupé par le bruit du soufflet sur le feu . " Plus vite , ton père va encore manifester sa colère" --------------------------------------------------------------------------------------------- *Fkih: homme religieux, généralement docte et enseignant du coran Omar avait le cœur gros comme ça. Les absences prolongées de son père devenaient gênantes pour tout le monde! Il lui manquait beaucoup à lui aussi et il en souffrait en silence! Il voulait seulement le revoir et lui parler comme tous les enfants de son âge! Il n'attendait même pas qu'il lui achète des jouets que tous les pères achetaient à leurs enfants à Achoura! Quand même, Il aurait pu faire un effort et se pointer en cette fête religieuse. Omar baisa la main de grand père allongé tout près d'une petite table basse, sirotant un thé à la menthe, un petit transistor collé à l'oreille . Tout en écoutant le bulletin d'information celui-ci lui versa un verre et lui présenta le plat de "Halwa du Aid"*. Dès que le speaker termina, il cria d'un ton très autoritaire: " Où est ce dîner, nous n'allons pas le manger à l'aube? Il rajouta encore plus en colère: " Et puis il n' y a personne pour ranger cette Sinia*? A l'autre bout de la petite demeure, Mi Aziza sursauta et s'adressa à sa fille: " Va vite ranger la "sinia" et dit à ton père que le dîner est prêt. Mais surtout fait attention au plats de porcelaine, je n'en ai plus d'autres! "J'arrive papa, le dîner sera immédiatement servi " Pourquoi Zineb ne vient -elle pas ranger la sinia, c'est une jeune femme maintenant , tu dois lui apprendre tout. "Elle joue avec les filles " Quoi, elle est encore dehors à cette heure? " Laisse la jouer un peu , elle ne sort jamais. Elle n'a pas d'amies et passe tout son temps à la maison . "Ce n'est pas une raison! " C'est Achoura papa, c'est le jour des femmes, tu as oublié? C'est toi qui me disait toujours que les hommes n'avaient pas de pouvoir sur les femmes le jour d'Achoura. La dame toute heureuse lança une traditionnelle chanson qui disait en substances: " Au Aid Mawlid les hommes commandaient, à Achoura personne ne commande aux femmes" Grand père qui n'était pas du même avis, réprimanda sèchement le garçon : " Et toi monsieur Omar pourquoi tu es rentré sans ta sœur, c'est ce que t' as appris ton minable de père. Quel homme vous faites tous les deux , va chercher ta sœur, ne la laisse jamais seule après toi. Omar ne comprenait pas pourquoi grand père s'en prenait-il à lui , ni pourquoi il traitait son père de minable alors qu'il ne lui avait rien fait de mal. La jeune maman, sentant le gêne de son enfant tenta de s'intercaler: " Omar est encore jeune pour cette responsabilité, et puis Zineb n'a pas besoin qu'on la surveille , elle est très sage . " Vous les femmes , vous êtes toutes pareilles ! vous vous montrez dociles , mais vous succombez à la première tentation . Veille sur ta fille, sinon tu te retrouvera bientôt avec d'autres bâtard sur les bras ". La dame rougit et quitta le salon. Omar resta outrageusement debout fixant son grand père . Il voulait tant lui dire que c'était mal élevé de sa part de traiter ses petits enfants de bâtards mais il dut changer d'avis à la dernière seconde, les doigts de Mi Aziza s'approchait dangereusement de ses fesses . Il courut chercher sa sœur! Cet incident entacha quelque peu la quiétude de cette belle journée, l'ambiance était plutôt morose. Cela n'empêcha pas Omar de se régaler de la "Rfissa" qui fut un délice. Le poulet était bien cuit et les féculents fondaient dans la douceur du "Mcemmen". |
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Histoire de contes Les hauts minarets de Meknés miroitaient les premières lueurs du soleil lorsque le car entrait en ville . Les voyageurs avaient hâte de mettre les pieds à terre encombrant déjà le passage, et se bousculant devant les portes . Tout au fond, une dame qui avoisinait la quarantaine prenait tout son temps pour boutonner la chemise de son fils, et s'assurer des tresses de sa fille . La petite famille lourdement encombrée par les bagages était la dernière à descendre du car et dut attendre longtemps avant de trouver un taxi libre. Meknés connue pour ses festivités religieuses était convoitée à cette période de l'année ; C'était le printemps et les vacances scolaires coïncidaient avec la fête religieuse du "Mawlid Nabaoui. Les fières palmiers et les hauts arbres bien verts embellissaient le grand boulevard souhaitant la bienvenue aux visiteurs de cette ancestrale ville . Le taxi longea une longue et grande muraille et s'arrêta devant une vaste et antique portaille . C'était l'entrée de "Lehdim", un des plus anciens quartiers de la ville situé aux confins du palais de Moulay Ismael. Les petites constructions toutes blanches ressemblaient avec leur architecture médiévale à des maisons de repos. Un calme inquiétant, déchiré de temps à autre par le petit "Salam Alikome" d'une vielle personne qui sortait de quelque part, donnant aux enfants la chair de poule . Les trois personnes traversèrent plusieurs ruelles très sombres où les lampadaires à huile qui pendaient aux coins n'éclairaient qu'elles mêmes. L'odeurs de l'urine, sur les murs presque verts de moisissure et jonchés d'ordures ménagères pinçait les narines. Ces petits chemins sinueux semblaient infinis et les enfants avaient hâte d'atteindre la maison de leur grand mère. Un grand hululement annonça leur arrivée. Mi Aziza ( nom donné généralement à la grand mère maternelle ) était heureuse de recevoir sa fille unique et ses deux petits enfants et le leur fit montrer de la plus belle des manières. Le petit déjeuner immédiatement servi fut un vrai délice : Le "Mçammen"* bien enroulé dans du beurre et du miel, accompagnait les verres de thé à la menthe Méknassie, dont l'odeur se sentait de loin. Les invités eurent juste le temps de se reposer , que la senteur d'un bon repas partait déjà de la "cochina"*. Les enfants se régalèrent devant le Tagine poivré de la viande aux patates dont Mi Aziza avait seule les secrets. La grande pastèque, taillée d'une cérémonial manière par grand père fermait la marche. C'est que, ne cessait-elle de répéter, les enfants devraient reprendre des forces, leur état chétif faisait peine à voir. Le goûter ne fut pas moins exquis : Le "Caak"* à multiples formes géométriques était bien disposé dans un grand plat chinois en porcelaine bleu. C'était aussi l'une des spécialités de Mi Aziza, un chef d'œuvre à regarder et encore plus à déguster. Cela changeait beaucoup des régimes diététiques auxquelles ils étaient habitué, et c'était tellement plus bons. Dès que les minarets de la ville annoncèrent la prière du crépuscule, grand mère fit signe aux enfants de sortir. Ils détalèrent en trombe et ne s'arrêtèrent qu'après avoir traversé la grande portaille. Pourtant de l'autre coté de la muraille la vie était autrement très animée. Les lumières fusaient de partout. De longs fils avec des ampoules multicolores illuminaient tout l'artère principal. Des petits étendards verts ornaient le devant des maisons et commerces rappelant que la fête du "Mawlid" s'apprêtait à céder ses belles réjouissances à "Achoura"* . La fille Zineb se joignit à ses semblables toutes en kaftans vêtues, sillonnant de long en large tout le quartier et se surpassant à faire entendre leurs voix. Le son des "Bendires"* et autres "Taarijas"* remplissaient tous les coins de la vieille médina. Un groupe de jeunes garçons bravaient un grand feu en enjambant sans peur les flammes entretenues par des pneus et autres morceaux de bois . Omar hésita un peu, puis prenant tout son courage en main, il s'élança à toute vitesse, les yeux fermés. Arrivé à quelques mètres du feu , il ralentis et passa à coté, sous les rires des autres. C'est qu'il ne voulait pas risquer de brûler ses habits neufs du Aid. .. ----------------------------------------------------------------------------------------------- *Mcemmen: pain traditionnel aplatit, cuit à l'aide d'huile ou de beurre. -* "Caak": sorte de pâtisserie de maison dure et très sucrée, qui prend plusieurs formes, ce mot se rapproche du mot anglais Cake *Achoura: festivités religieuses qui correspondent au dixième jour de l'Aid Mawlid
Un duo de garçons qui se marraient en jetant des pétards au passage des marchants ambulants ou sous les charrettes tirées par les ânes, lui sembla moins dangereux. Il sortit ses pétards et se joignit à eux Bientôt ils se lancèrent dans de véritables batailles rangées attaquant les groupes de filles qu'ils dispersèrent .Lorsqu'ils n'eurent plus de munitions , ils les aspergèrent de l'eau des fontaines et se sauvèrent évitant les pierres qui pleuvaient de partout.. Omar alla encore plus loin à la découverte de toute les richesses que cachait jalousement cette ville et qu'elle ne livrait qu'aux fêtes religieuses .Les différentes confréries envahissaient la grande place. On dirait des surhommes venant d'ailleurs avec leurs musculatures herculéennes et leurs très longs cheveux décoiffés. Ils offraient des spectacles aussi sublimes que féeriques. Le "Majdoub" buvait de l'eau bien bouillante, et se transperçait le corps à l'aide de couteaux bien aiguisés sans faire couler du sang ni laisser de traces. Sans parler des chameaux tout en vert couverts qui précédaient les descendants de "Sidi El Hadi Benaissa"* dans des cortèges qui serpentaient les ruelles en répétant à haute voix les chants religieux. Omar errait partout heureux et émerveillé ressentant les bienfaits de cette soirée plutôt tiède où les senteurs des fleurs s'associaient à ceux de l'encense qu'embaumaient les "Issaouis". Il passait librement d'un spectacle à un autre , sans peur ni gène, comme si tous les gens étaient là pour lui souhaiter la bienvenue. Un petit creux lui rappela qu'il était temps de rentrer. Sur le chemin de retour, il chercha vainement sa sœur . Il se rendit directement à la cuisine mais ne trouva que sa maman et sa grand mère. La "Cochina", comme Mi Aziza l'appelait n'avait rien à voir avec leur cuisine moderne de Casablanca. C'était un simple espace composé d'un petit four en argile appelé" Mejmer", sur lequel était posée une "Barma et Kaskas"* Il n' y avait pas de butane ni de réfrigérateur, ni même d'évier. C'est que ses grands parents n'avaient pas accès à l'eau ni à l'électricité. Mi Aziza était assise sur une peau de mouton entourée de tout son ustensile de cuisson . Tout était posé par terre. Elle ne pouvait pas rester debout longtemps à cause de ses rhumatismes, mais aussi à cause de son poids . Elle ressemblait à une grosse poupée qui ne faisait bouger que ses mains et ses yeux . Cela lui donna envie de rire, mais il se rétracta, il savait ce qui l'attendait s'il s'éclatait. Il n'allait quand même pas gâcher cette première journée toute pleine en victuailles qui s'achevait par la succulente ""Rfissa"* qu'il aimait tant? ----------------------------------------------------------------------------------------------- *Sidi El Hadi Benaissa: Un grand Alim religieux dont le corps repose dans une mausolée très fréquentée par ceux qui cherchent sa baraka * Barma et Kaskas: le couscoussier * Rfissa: met traditionnel à base de féculents et pain sec qui se prépare souvent avec du poulet |

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