Doit-on avouer, tout simplement, une culpabilité en la portant entièrement face à une situation que l'on a provoqué ou qui a été provoquée par des événements subit, que l'on ne maîtrise pas forcément. Depuis quelques années, l'expression " responsable mais pas coupable " est utilisée régulièrement en particulier dans la presse, par des personnes ayant pour la plupart des responsabilités importantes . On dirait que plus les postes sont importants, moins la responsabilité est reconnue. Celle-ci se dilue le plus souvent dans un organigramme au sein duquel en général le bas de l'échelle est le plus pénalisé en cas de recherche de responsabilité.
A quel moment s'arrête ma responsabilité et où commence celle des autres. Dans toutes les grandes affaires médiatiques, on peut voir, sur les marches des palais de justice, les personnes concernées, toujours " souriantes ", " heureuses " de se retrouver devant un tribunal.
J'ai moi-même été assigné devant un ribunal de commerce, il y a quelques années, je n'étais abolument pas " souriant " ni " heureux " de me retrouver devant des juges, pourtant il ne s'agissait pas de pénal.
Je regarde, tout les matins, sur la chaîne Histoire, la retransmission du procès de Paul Touvier. On trouve là, l'exemple même d'une personne qui ne connaît pas le sentiment de culpabilité. Cet homme qui représente la face la plus noire de l'histoire de la guerre, en temps que responsable de la milice pour la région sud-est de la France se trouve devant ses juges avec une indifférence confondante. Il était confronté, hier, aux enfants des sept personnes, qu'il a fait fusiller, en représailles à l'assassinat d' Henriot. Ces enfants, des personnes qui ont aujourd'hui entre 70 et 80 ans, mais j'utilise sciemment le mot "enfant", car s'était bien des enfants, qui après une cinquantaine d'années, parlaient de leur père. J'ai appris, ce jour là que la milice, pour " sélectionner " les juifs, les obligeait à baisser leur pantalon pour vérifier la circoncison à l'aide du canon de leur révolver. Cette milice, qui également, afin de constituer un " stock " d'otages, déterminer un certain nombres de personnes, qui restaient libres, mais étaient suceptible d'être arrêtées en cas de besoin. On appelait cela, les " otages libres ".
Cet homme s'est caché pendant 45 ans, grâce au concours d'une partie, intégriste, de l'église. C'est un catholique pratiquant, se référant sans cesse aux préceptes religieux. Il n'a pas, au cours de ces 45 années de fuite, renoncé à ses idées. Son procès, pourrait lui donner l'occasion de se remettre en cause, de soulager la douleur des martyrs, de se replacer en quelque sorte, dans la société, à 79 ans, malade, il pourrait reconnaître ses erreurs. Bien au contraire, à aucun moment, il laisse entrevoir une once de repentir.
Il a fait le mauvais choix, soit collaborer, soit la résistance,il est vrai, qu'à l'heure actuelle, avec le recul des années, il nous est facile de prendre position. mais maintenant que les années ont passées, que l'on sait ce qui s'est passé au cours de ces années dramatiques, comment peut-il, par quel démarche mentale, ne lui vient-il pas à l'esprit de prendre conscience du mal qu'il a fait?
Une société ne peut évoluer sans la notion de responsabilité sous peine de graves disfonctionnements.