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27/08/2008

Auteur: motpassant (4:46 pm)
Je suis décidé. Depuis longtemps, j’y pensais mais je n’osais pas, d’une part à cause du coût et d’autre part à cause du “qu’en dira-t-on”. Je sais, je suis bien libre de faire ce que je veux, mais dans les petits villages, tout se sait très vite. C’était la semaine dernière, le temps était gris. Je me suis dit que sur Google on trouvait tout ( comme à la Samaritaine, enfin paraît-il, je n’y suis jamais allé ), j’ai donc tapé ” clone “. En moins d’une seconde ( beaucoup moins ) une page entière de clônes s’est affichée.
Jamais je n’aurais cru que c’était si courant. Serais-je une fois de plus passé à côté de quelque chose? Je pensais faire preuve d’originalité, c’est raté !
Trois pages. Il y avait trois pages de sociétés qui proposaient toute une gamme de clônes des deux sexes et de tous âges. Il suffisait de remplir un questionnaire assez long, mais il faut bien ça pour expliquer nos désirs. Car ce n’est pas simple d’acheter un clone. Au premier abord on peut penser qu’il suffit d’une photo et d’un bout de peau ( pas morte, bien sûr ), mais non.
Il ne suffit pas de cloner le corps, il faut cloner aussi l’esprit et là c’est une autre histoire. Imaginez votre clone parfait en tout point, il ne manque rien, tout est à sa place sauf que vous vous rendez compte au bout de quelques minutes que ses paroles sont celles de votre pire ennemi. Il ne faudrait pas longtemps pour qu’une bagarre s’ensuive et allez savoir qui sera le vainqueur ?
Les brebis, les vaches, les cochons, etc… que l’on a déjà clone ne parlent pas. Peut-être a-t-on essayé de voir leur comportement par rapport à l’original, mais sans plus. Tandis que le longe d’un homme c’est une toute autre affaire.
Mais bon, je me dis que ces revendeurs sont des professionnels,et qu’il faut leur faire confiance. Je clique donc sur la première ligne.
La page qui s’ouvre ressemble à celle de la Fnac ou d’ Amazon. Sauf qu’à la place des livres, il y a des clichés d’hommes, de femmes, d’enfants. Pour plus de réalisme, ceux-ci sont animés. Malgré tout je ressens un certain malaise en voyant ces silhouettes bouger, comme pour mieux se faire remarquer.
On m’explique la marche à suivre :
” Veuillez remplir le questionnaire, tous les champs signalés sont obligatoires.”
” Cliquez sur continuez “
” Veuillez fournir vos coordonnées bancaires “
Enfin la démarche classique quand on veut acheter quelque chose sur internet. On me demande d’abord de préciser quel clone je désire choisir :
à) Un clone humain ou
b) Un clone logiciel ou
c) Un clone informatique ou
d) Un clone mathématique.
Je ne savais pas qu’il y avait autant de sortes de clônes, mais j’ai compris que dans mon cas, il fallait que je commande un clone humain. Cela m’a pris tout l’après-midi, car il a fallu réunir tous les renseignements médicaux. Enfin je suis arrivé au dernier clic.
On pouvait choisir avec ou sans livraison, dans le dernier cas il fallait aller le chercher à la gare la plus proche. J’ai opté pour la livraison à domicile. Il y avait trois semaines de délais, je pensais qu’il fallait plus de temps pour me reproduire, mais apparemment non. Les machines à cloner devaient être très perfectionnées et non moi qui était trop simple à reproduire…
La veille un mail est arrivé m’avertissant que je serais livré dans la matinée. Ils auraient pu me prévenir plus tôt. La tension monte, la mienne aussi.
Deux hommes sont à bord de la voiture qui se gare devant chez moi. Je me dirige vers eux.
Dés le premier regard, je comprend que je suis perdu. Il y a devant moi comme un miroir. Je me vois comme dans un miroir. Si je bouge la tête, la sienne bouge aussi, s’il avance, j’avançe, s’il parle, je parle et tout cela inversement.
Je transpire, ma respiration s’accélére. Je me tourne vers le ” livreur “:
- Je n’ai pas commandé un “double de moi “, c’est un clone que je voulais.
- Mais Monsieur qu’est-ce qu’un clone, sinon votre double ? J’ai les documents de livraison, regardez, il y a le double de votre commande.
Je me saisis du papier, effectivement, il s’agit des bonnes références.
- Vous auriez du mieux vous renseigner avant de commander, on n’achète pas un clone comme ça ! Quand vous achetez une voiture, vous vous renseignez et bien pour un clone c’est pareil, Monsieur. Bon, je dois y aller, j’ai d’autres livraisons à faire ! Vous signez là !
Complètement hébété, j’appose ma signature et je reste seul, enfin seul, non je ne suis plus seul, il y a mon miroir, là en face de moi. Je n’ai même pas besoin de lui parler, de lui indiquer le chemin de la maison. J’ai acheté une ombre vivante !
A ce stade, il faut que je précise pourquoi j’ai fait cet achat. J’avais vu à la télé ( quand on voit quelque chose à la télé….. ) un reportage aux États-Unis ( j’aurais du me méfier ) sur un couple qui avait acheté un clone pour les remplacer dans diverses tâches ( non, non pas toutes, je vous vois venir ! ) et donc ce couple était tout à fait satisfait. La caméra suivait le clone au bureau, au jardin, au supermarché pendant que son propriétaire se reposait au bord de sa piscine en buvant un cocktail coloré.
C’était ce que je voulais. Je voulais quelqu’un à mon image certes, mais en tant que deuxième personne, comme ” une roue de secours “. Je voulais quelqu’un qui écrirait cet article pendant que je ferais du vélo par exemple. Ou bien quelqu’un qui pourrait recevoir des ” amis ” à ma place, ou encore participer à ces repas de famille qui n’en finissent pas et qui me font grossir. Quelqu’un qui, à ma place, irait à la banque parler avec ce blanc-bec de banquier. Enfin en gros un clone qui soit un clone et non un miroir. J’avais du me tromper en remplissant le questionnaire.
Je suis retourné sur le site et effectivement, tête en l’air que je suis, j’ai coché la mauvaise case sur la nature du clone.
La question était la suivante :
- Voulez-vous un clone humain pour :
a ) vous regardez tel que vous êtes.
b) en faire votre animal de compagnie.
c) vous remplacer auprès de votre femme.
d) vous accompagner dans votre vie quotidienne.
Je voulais cocher la case( d ) j’ai coché la case ( a ) et me voilà avec mon image en face de moi à chaque seconde du jour et de la nuit. Partout, aux toilettes, à la salle de bains. Il mange les mêmes choses que moi. Dit les mêmes paroles. A les mêmes pensées. Je ne peux plus m’en défaire. Les voisins commencent à jaser. Ils disent que depuis quelque temps je ne suis plus le même. Forcément, je ne sais plus si je suis moi ou si je suis l’autre.
Quand on est ” seul ” on s’arrange avec son image, on peut tricher, on peut maquiller sa vérité. On y arrive souvent, enfin du moins on le croit. Et puis on finit par s’oublier avec les années, on s’accepte, on passe un marché avec soi-même. De toutes façons le regard des autres même si parfois celui-ci pose problèmes, on s’en fiche un peu.
Tandis que là, j’ai en face de moi, en chair et en os, mon propre personnage. Je suis confronté à ma propre conscience, à chacun de mes propres gestes, à chacune de mes propres pensées. Je ne trouve plus de repos, même les yeux fermés. Il y a une expression qui dit : avoir sa conscience pour soi d’accord mais cette expression est ponctuelle, correspond à un moment donné. Mais vivre avec celle-ci en permanence dans un miroir c’est une autre affaire.
J’ai téléphoné à la société, mais elle ne peut rien faire pour moi. On ne change pas un clone comme on change un appareil ménager. La dame me dit que je vais m’habituer. Mais c’est facile à dire.
” Il ” n’est là que depuis deux jours, et je suis déjà à bout. Mon agacement se transforme en énervement, mais évidemment je m énerve contre moi-même. On supporte l’énervement d’un autre envers soi-même mais il est plus difficile d’être la cible de son propre énervement. Je sais qu’il va en être de même quand je vais me mettre en colère.
Pendant ce temps, ” l’autre ” est là, innocent. Il fait ce pour quoi il a été conçu. Il ne peut rien faire d’autre. Je ne peux rien” lui “expliquer. Son rôle est de me représenter à mon image, et “il” le fait très bien.
Il va falloir que je vive jusqu’au dernier jour de ma vie en perpétuelle confrontation avec moi-même. Je ne peux pas ” le ” supprimer sans me supprimer.
Plusieurs mois se sont écoulés. Finalement la dame avait raison. Au fil des jours, j’ai éliminé tout ce qui encombrait ma vie. J’ai appris à définir un ordre d’importance parmi les aléas de la vie. Celle-ci est devenue plus simple mais plus dense. J’ai pu ainsi me regarder sans gêne, faisant peu à peu disparaître ” l’autre “.
J’ai fait le tour du monde des religions. J’ai rencontré de nombreux sages en Inde, au Tibet. Je suis devenu l’ami du Dalaï-Lama. Je m’habille comme lui. En sandales, je donne des conférences ” Comment s’accepter par la méditation “. Je songe à ouvrir un blog pour communiquer mon message de Paix.
Parfois ” l’autre ” me regarde et me fait un clin d’oeil.
25/08/2008
23/08/2008

Auteur: motpassant (8:00 pm)

Bien que Limerick soit le nom d'une ville d'Irlande, le limerick, sorte d'épigramme en cinq vers, a vu le jour ne Angleterre, grâce à des recueils anonymes publiés en 1821. Typique de l'esprit de non-sens, magnifiquement lisible à la même époque dans les textes de Lewis Carrol, il connaît son âge d'or au XIX ème siècle.

Je m'y suis donc essayé :

Toute la journée, dans son jardin, Sylvère

La bêche à la main tourne la terre

Tandis que son chien, gros bâtard à poils roux

Assis sur son séant guette le matou,

Mais celui-ci, échaudé ne passe pas la barrière

                       -------------- 

De l'autre côté de la rue, vivait Marie,

On l'appelait la Marie, elle n'était pas en anaérobie

Quand du haut de son balcon,

Elle sonnait du clairon.

A tous ceux qui ne la connaissaient pas, elle criait : << Vive l'anarchie ! >> 
                     -----------------               

Les poireaux aiment les fraises.

Vous ne le saviez pas ? Je vais vous mettre à l'aise.

Non il ne s'agit pas de manger les poireaux avec des fraises, mais

De les planter les uns à côté des autres et désormais

Vos soupes seront meilleures. Non, ne croyez pas que ce sont des fadaises

                     ------------------------


Chaque fois qu'il s'asseyait, le grand-père disait : << Aïe ! Aïe ! >>

Et chaque fois qu'il se relevait, il disait : << Allez, au travail ! >>

Mais très vite son genou

Devenu fragile comme un joujou,

Ne voulait plus se plier et très vite le vieil homme rentrait au bercail.

                    ---------------------------


J'ai très bien connu le père Michel

Il était si gros qu'il n'aurait pu monter à l'échelle.

Aussi, il envoyait son apprenti,

Chercher les peaux sous l'appenti.

Des peaux de quoi ? Mais de lapins ! Ma belle !

                     ----------------------


La soutane du curé, sous le vent,

Se soulevait. Mais impitoyablement

Les rafales se succédaient. Il lui fallait tenir

Aussi son chapeau. Qu'allait-il advenir,

De l'intimité de ce saint homme ? Vite le couvent !

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