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07/08/2012

Auteur: Keltouma (3:49 pm)

Le Sultan marocain n’était pas du reste en prenant position contre l’occupant et ceci n’a pas manqué de soulever l’indignation de ceux qui comptaient maintenir leurs avantages quelques  décennies de plus, dont justement ce mouvement clandestin « conscience France ».

 Mais mêmes ceux-ci n’étaient pas d’accords sur le moyen d’y parvenir et entre ceux qui voyaient dans l’alliance avec les nationaux la planche de salut et ceux qui prônaient la répression le fossé était grand.

Mais toujours est-il que le départ des forces d’occupation était le point commun et justement, dans une villa limitrophe à « l’Hôtel d’Anfa » se tenait au même moment une réunion un peu spéciale.

 Cinq marocains dont trois de confession musulmane, un juif et un chrétien étaient entrain de discuter de la même question.

Des intellectuels et des hommes d’affaires marocains  réunis dans une association secrète appelée « amitiés marocaines » et qui œuvrait à la fois pour le rétablissement des droits des « autochtones » et pour l’égalité entre marocains et colons français.

Des hommes d’affaires bien connus tentaient de rallier leurs interlocuteurs à l’idée d’acquérir un quotidien en langue française afin d’y regrouper les avis de tous ceux qui optent pour l’indépendance du Maroc.

« La guerre maintenant se replace au niveau des médias et J’ai entendu dire que le patron de Lesieur cherche à acquérir des journaux locaux, explique Taher Sebti, promoteur immobilier et fervent défenseur de l’indépendance du Maroc et de l’abrogation du traité du protectorat.

« Le  problème est grave, car non seulement les alliances du patronnât et leurs prises de participation dans des journaux à grande audience limitent notre champs d’intervention, mais cet homme ne m’inspire pas confiance. S’il se met dans la tête de racheter des journaux c’est qu’il a un plan dont le plus apparent est de nous priver de nous exprimer librement au moment où notre avenir se joue aux nations Unis. Expliqua, M’Hammed, le jeune avocat aux sourcilles touffues et qui cachent bien la lueur d’intelligence qui se dégage de ses petits yeux !

« Sans compter la main mise de « Glaoui » par le biais de participations croisées, et nous connaissons tous ses visées contre le souverain !intervint Omar Begelloun connu pour son loyalisme envers le sultan.

« Non El Caïd Laglaoui n’est qu’une marionnette, il agit sur instruction de la résidence, par contre ceux dont j’ai vraiment peur ce sont  les  Francs Maçons  avec leurs « loges » plutôt louches et  qui utilisent plusieurs journaux tel « le soleil du Maroc », corrigea l’homme de loi déjà membre influent d’un parti nationaliste en plein croissance.

 Monsieur Gérard, chroniqueur analysait depuis le début  les propos de ses interlocuteurs sans réagir.

Il les connaissait tous pour les avoir côtoyé dans leurs  multiples activités et essayait de dégager l’élément en commun  qui pouvait les aligner autour de la même table surtout que  l’objet de la réunion n’était toujours pas annoncé. Se sentant esseulé il se hasarda à donner son point de vue :

 « Effectivement leur position n’est pas claire, tantôt ils sont les alliés de la résidence, tantôt ils sont contre. De même ils sont pour l’indépendance du pays mais à condition qu’il soit géré par les colons français et non par les gens du pays »

« Sans oublier leur vision de la religion, ils ne veulent en aucun cas que la loi divine serve de base à la législation et nous ne pouvons le tolérer car notre  communauté, comme d’ailleurs celle des  musulmanes ou des  chrétiennes doit être gérée par  les préceptes de leurs religions réciproques, intervint enfin Assayagh, Hazzan et rédacteur en chef d’un quotidien à tendance religieuse.

 « Bref, nous sommes en guerre et nous devons user des mêmes armes et pour ce nous devons disposer d’un porte parole susceptible de faire entendre notre voix, trancha enfin l’avocat  pour qui il était temps d’annoncer l’objet de la réunion!

«  Nous disposons des capitaux nécessaires et les plumes ne manquent pas, seulement  il faut choisir le bon journal et pour cela nous avons besoin d’avis de professionnels tels que vous, alterna Sebti s’adressant aux deux journalistes.

 « Nous aurons  besoin d’un grand quotidien afin de faire entendre notre voix jusqu’aux Nations Unies, car c’est là que le destin de notre pays se décidera, reprit M’Hammed,  plutôt calme malgré l’enjeu d’une telle démarche et les probabilités d’une descente policière éminente.  Il faut que nous ayons un quotidien aussi répandu que possible afin d’être fins prêts pour cette guerre médiatique, c’est ce qui déterminera l’issue de cette grande bataille !

« C’est pour cela qu’il faudrait extraire à la résidence l’un de ses joyaux ce qui reviendrait à faire d’une pierre deux coups. Les priver d’une voix de communication et récupérer son lectorat, proposa Omar en bon stratège !

« Bien vu

« Oui je suis du même avis, mais encore faut-il trouver le petit bijoux

« Le  quotidien contrôlé par la CDT est depuis quelques mois dans la ligne de mire de la résidence et il  semble avoir des problèmes de trésorerie. Il a une très grande audience auprès des ouvriers et avec une bonne participation au capital vous pouvez facilement le contrôler et diriger sa politique, proposa Assayagh fort de ses renseignements.

« Non, bien que nos intérêts sont contradictoires, nous avons besoin des ouvriers pour la lutte contre l’occupant. Nos problèmes nous pourrons les régler après l’indépendance In Chaa Allah, répliqua aussitôt l’avocat.

« Oui il a raison si nous décapitons le mouvement ouvrier de son moyen de haranguer la foule jamais nous ne pourrons faire face à l’administration du protectorat. Mais une prise de participation minoritaire ne serait pas de refus, moyen de leur faire passer cette mauvaise situation financière, avança assuré Omar.

«  Le tiers de blocage serait l’idéal dans ce cas !

« Bien vu !

« Et nous vous chargeons de nous trouver une publication à grande audience où nous pourrons acquérir  la majorité absolue des actions !

« Exactement !

06/08/2012

Auteur: Keltouma (2:48 pm)

« Merci monsieur ! s’exclame Mustapha alors que ses petits pieds étaient déjà dans la rue.

Malek  demande au concierge qui peine à placer la valise dans une  petite soupente d’aller lui chercher un paquet de cigarette et fait un geste de la main, dès que ce dernier quitte les lieux.

Aussitôt un homme grand et mince se présente et procède à l’ouverture de la grande valise.

Rien de bien intéressant sauf  un  grand carnet de notes comprenant plusieurs citations ainsi que des aperçus sur la vie d’auteurs ou d’hommes politiques.

Parmi les citations qui ont attirés sont attention celle d’Yves guyot dont certains mots souligné par la jeune journaliste  en rouge« Il est étrange qu'il faille employer le canon contre les opprimés pour les délivrer de leurs tyrans, ainsi que celle purement contradictoire de Jules Ferry « il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures »

Dans la  citation de Léon Blum elle avait souligné des mots qui attestent bien de sa position dans ce conflit de la colonisation : « Nous admettons qu'il peut y avoir non seulement un droit, mais un devoir de ce qu'on appelle les races supérieures, revendiquant quelquefois pour elles un privilège quelque peu indu, d’attirer à elles les races qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de civilisation »

Des annotations qui renseignent bien sur la vision de la jeune journaliste mais rien qui puisse réellement l’inculper, par contre une information capitale  attire aussitôt son attention :   l’intérêt de Jacques Lemaigre Dubreuil  pour l’acquisition de journaux marocains souligné de plusieurs traits par la jeune journaliste. 

« Information de taille  qui peut bien changer la donne dans la lutte entre la patronnât et la grande syndicale ouvrière « la CGT » de plus en plus présente sur la scène politique, reconnait le policier en civil à l’adresse du journaliste.           

« Effectivement, et d’après mes renseignements, ce monsieur est le patron et  président directeur général de « Lesieur Maroc », qu’il a fait délocaliser de Dunkerque après l’invasion allemande.   Il  avait beaucoup fait parler de lui lors de la deuxième guerre mondiale et parait-il , il a joué un grand rôle dans l’opération Torch.

« C’est quoi ça ?

« Je te le dirais plus tard, referme la valise, le gamin peut paraitre d’un moment à l’autre !

Le rédacteur en chef  raccompagne son  compère l’air quelque peu préoccupé par cette découverte.

L’acquisition  de journaux  au Maroc par ce magnat, laisse présager une lutte acharnée pour les médias et son journal, déjà en baisse de vente  n’a pas besoin d’un concurrent de plus.

« Il est évident que nous allons faire face à une guerre de presse sans précédent et  dont personne ne peut prévoir l’aboutissement.

« Mes craintes d’hier sont donc fondées, n’est ce pas ?

« Cela m’en a tout l’air !

« Je sens une connivence entre cette jeune journaliste et ce grand patron et j’ai très peur pour notre mouvement. Il y a surement quelque chose de grand qui se trame derrière notre dos, ou est ce qu’elle est partie  cette emmerdeuse?

    « Au siège du journal Maroc Presse »

« Alors il ne faut pas la quitter d’un pas, et j’aimerais avoir un rapport complet sur tous ses mouvements ;

« Kader la conduit et il sait ce qu’il a à faire ;

« Alors tu me tiens au courant et si c’est necessaire tu demandes une nouvelle réunion du comité !

« C’est bon ; Cela se corse et l’intérêt de Dubreuil pour la presse ne me dit rien qui vaille ! Se dit Kamel une fois resté seul dans son grand et beau bureau.

Tout le luxe où il vit risque de tomber comme un château de carte s’il venait à perdre les privilèges que lui accordait son statut.

 En fait il  avait tout à fait raison d’avoir peur et les craintes exprimées  par  ses amis de toujours n’étaient que plus fondées.

Gérard, celui là même qui avait procédé à la fouille  de la grande valise, est son ami de classe et  inspecteur principal à la police secrète et c’est lui qui est en charge du dossier de la « journaliste ».

Dans  un  grand  appartement  sis juste au dessus de « café de France », ils avaient organisé  la veille et tard dans la soirée une réunion secrète pour discuter de l’arrivée de la journaliste.

Etaient  aussi présents leurs deux amis intimes, Sami, directeur d‘une société d’imports exports et Christophe le cinéaste.

 Ces quatre jeunes dont le plus âgé avait à peine vingt cinq ans  sont tous nés à Casablanca et avaient  fréquentés les mêmes bancs d’écoles et les mêmes terrains de foot et à ce titre ils se considèrent comme des franco-marocains à part entière.

Pour ces fervents patriotes, issus de familles de mercantiles nouvellement enrichis, il  n’était pas question de donner à quiconque l’occasion de jeter le discrédit sur l’action de la France protectrice de ses colonies, ni sur celle  de leurs parents qui avaient longtemps soufferts avant de parvenir à faire de ce pays ce qu’il est devenu.

Face à la montée d’un nationalisme «   arabe et musulman», ils  avaient crée un petit mouvement appelé «  conscience  France » afin de contrecarrer ce mouvement considéré comme « fanatique et extrêmement dangereux ».

Leur association secrète    avait  vite prit de l’ampleur à tel point qu’il était représenté sur tout le territoire du Maroc sous protectorat Français.

L’afflux des dons et l’appuie de l’administration y avait été  pour beaucoup.

L’objet de la réunion était justement la place que prennent  de plus en plus les journalistes dans cette lutte sans merci pour l’avenir du Maroc en ébullition.

L’arrivée d’une  journaliste  dont la prise de position en faveur de l’indépendance de l’empire chérifien ne pouvait passer inaperçu et Gérard qui était dans tous ses états,   menait la discussion afin de  débattre de la meilleure façon de  la neutraliser sans attirer l’attention.

Il   avait concocté un petit plan qu’il  voulait discuter avec ses camarades  avant de le soumettre à son supérieur hiérarchique.

«  Vas-y accouche, quand je vois cette lueur dans tes yeux je pense immédiatement que tu prépare une diablerie, lui avait aussitôt lancé Malek en apprenant l’objet de la réunion.

 «  Le  contact  a été appréhendé, et  la journaliste n’a trouvé personne d’autre à sa descente !

« Alors ?

« J’ai un petit plan en tête : Il suffit  le bon moment pour l’enlever avant qu’elle n’entre en contact avec qui que ce soit, puis, par  les temps qui courent un petit accident passerait surement inaperçu »

Mais  ses amis ne semblaient pas épouser cette thèse.

« Attention c’est une journaliste et sa disparition de la sorte mènerait d’autres confrères sur sa trace. Et si jamais on découvre que nous sommes derrière cette disparition  cela mettra mal à l’aise tous ceux qui continuent à nous soutenir par leurs plumes, mais nous met nous-mêmes en danger de mort. Réplique Malek.

Avis partagé par l’industriel dont l’instabilité politique ne fait que compliquer les médiocres résultats de l’exercice en cours :

 « Je pense qu’il faudrait abandonner l’idée de sa liquidation même sous forme de suicide car les résistants peuvent passer à l’action et tuer l’un des nôtres et de toute façon nous n’avons pas intérêt à le faire car auparavant nous devons connaitre ses « amis » et par la suite nous déciderons …..

  « Alors qu’est ce que vous proposez ?

« Je suis d’avis à l’approcher d’un peu plus près afin de sonder ses intentions réelles et découvrir ses liens internes et pourquoi pas,  essayer de la persuader de travailler pour nous quitte à lui « vider » un bon poste dan l’un de nos journaux le temps qu’elle se calme !.

« Oui cela me donne bien des idées  intervint le cinéaste, depuis le début bien enfoui dans son petit coin, une histoire d’amour entre deux journalistes  où le prix à payer serait de se ne pas se mêler des affaires des autres !

« Je te vois venir avec tes gros sabots, s’exclama Malek, tu voudrais encore me lancer dans l’une de tes folies suicidaires, non il n’est pas question que je joue ce rôle. D’abord ce n’est pas mon genre et de plus si Christine l’apprend je suis bon pour les geôles de son père.

 « Ne t’en fait pas nous nous occupons de tout ! affirma Gérard pour qui l’idée n’était pas si bête que ça « Et puis se payer une journaliste pour la bonne cause n’est pas donné à tout le monde conclut-il à la fin de la réunion.

« Où est ce qu’elle est maintenant ?

« La pauvre s’est contentée d’une chambre à l’Espéranza » ha ha …

« Vous auriez pu en profiter pour faire une descente et la renvoyer là d’où elle est venue ! Cela nous aurait épargné cette longue réunion alors que nous devrions être avec nos femmes !

« Non, officiellement elle n’a encore rien entrepris de répréhensible sur le territoire marocain et à ce titre nous  n’avons pas de raison pour  l’arrêter, la liberté individuelle est un point rouge pour moi,  trancha le cinéaste

« Il a raison et de  toutes façons cela vous  aidera surement  à découvrir ses liens à l’intérieur.

Les conclusions de cette réunion furent immédiatement soumises par Gérard au  chef de la sureté qui en étudia le  contenu mais qui  restai quelque peu sceptique.

 « Qui nous garantit que ce n’est pas le contraire qui arrive, d’autant plus que la réussite de la mission dépends  d’une personne non contrôlable à long terme ?

 « C'est-à-dire ?

« Que se passera-t-il si  c’est elle qui réussit à persuader Malek de rejoindre l’autre camps ? Dans ce cas nous aurons, non seulement faillit à notre mission, mais aussi enrichi l’ennemi d’un allié de taille, l’une de nos plus belles plumes !

« Oui c’est une probabilité, mais tel que je le connais, Malek n’en fera qu’une bouchée et de plus il est  fiancé à la fille du préfet de police?

« C’est ce qui me gène le plus! Mr Karbal m’en voudra surement si je touche au bonheur de sa fille unique, mais au nom de la France, je suis prêt à courir le risque !

C’est ainsi que Malek fut chargé d’approcher de plus près la jeune journaliste.

Celle-ci fut appréhendée  depuis sa sortie d’hôtel  et ce dernier profitât de la première occasion pour lui  offrir son journal et même une place dans son quotidien, mais l’affaire n’était pas gagnée pour autant.   

 Pire encore, ce qu’il apprend sur l’arrivée de   Jacques Lemaigre Dubreuil  sur la scène journalistique rend la tâche encore plus compliquée et l’attention reste de mise.

En effet « conscience  France »avait réunit un grand dossier sur le patron de Lesieur Maroc en tant  que personnalité ayant  un grand poids tant sur le plan politique qu’économique.

Malek relit attentivement toutes les remarques de celui qui fut l’un des  artisans de l’opération « Torch »  la démarcation des alliés en Afrique du Nord.

En effet, avec quatre de ses coéquipiers, il avait facilité le débarquement des alliés en Afrique du Nord en  muselant  les défenses  françaises en Algérie et en faisant incarcérer l’état major après leur avoir fait signer un ordre de non attaque.

Ceci a été un grand tournant dans la deuxième guerre mondiale ce qui avait précipité la chute du nazisme et la victoire des alliés mais depuis il était resté dans l’ombre, et à part quelques articles au journal « Le Monde » personne ne savait ce qu’il préparait au juste.

La guerre des médias était alors au sommet de son apogée et la plume reprit  sa véritable fonction, d’autant plus que les intérêts étaient tellement contradictoires et les acteurs si nombreux que  le flou régnait sur la scène politique et socio-économique.

La résidence française au Maroc sous protectorat, qui n’était pas neutre dans ce débat avait réussit à « mater » un bon nombre de journaux  hostiles à sa politique, mais justement avait-elle vraiment une seule politique.

En fait elle ne faisait que gérer une situation qui devenait explosive depuis que des notables et intellectuels nationaux se sont mis dans l’idée de demander l’indépendance du pays en signant la déclaration de Tanger.

Le Sultan marocain n’était pas du reste en prenant position contre l’occupant et ceci n’a pas manqué de soulever l’indignation de ceux qui comptaient maintenir leurs avantages quelques  décennies de plus, dont notamment ce mouvement clandestion"conscience France"

03/08/2012

Auteur: Keltouma (1:01 pm)

Le chemisier dessine bien  les contours de son buste saillant et ses  motifs floraux en  rose épousent largement  la tonalité de cette peau ocrée.

Un galant serveur frisé se présente aussitôt un dépliant à la main, mais les prix étant assez élevés pour sa petite bourse, Mireille réfléchir par deux fois avant d’opter pour un petit-déjeuner « à la française », d’autant plus qu’elle doit aussi payer celui de son compagnon.

Un café au lait et deux croissants servis avec bienséance sont suffisants pour combler le petit creux de son ventre, mais pas celui de sa curiosité.

Elle  demande à Mustapha d’aller lui acheter  un journal lorsque   son voisin de table lui propose gentiment le sien.

Elle le remercie d’un large sourire  et allume une cigarette avant de passer en revue les grands titres de « La Vigie marocaine»où les attentats contre des intérêts  français sont illustrés par des images occupant  toute la première page.

« C’est déprimant de voir chaque jour la même chose ! Risque le voisin de table dans un très  bon français.

« Effectivement, cela contraste avec la plénitude de cette belle terrasse !

« Le pays est en pleine ébullition, et les terroristes enflamment toutes les rues.

« Je n’ai pas assez de recule pour incriminer les uns ou les autres, je viens juste d’arriver.

« Et c’est  surement votre première visite au Maroc ?

« Bien vu !

« J’espère que le voyage n’a pas été dure, d’où est ce que vous venez si ce n’est pas trop indiscret ?

« De la métropole!

« D’où exactement?

« De Paris.

« Ah la belle ville, c’est là que j’ai fais mes études supérieurs, à la Sorbonne.

« Ah rien que ça ?

« Je me présente Malek.

« Moi c’est Mireille, journaliste et le petit c’est Mustapha, mon guide.

 « Ah comme le monde est petit, moi-aussi je suis du métier !

« Ah bon, quel journal ?

« Rédacteur en chef de celui que vous tenez entre les mains.

  Justement Mireille avait fini son tour d’horizon et lui remet son quotidien.

 « Vous pouvez le garder, cela nous donnerait  une meilleure publicité auprès de nos confrères de la métropole. Sans indiscrétion, êtes- vous en mission ou simplement en vacances ?

 « Pour l’instant je n’ai pas d’emploi alors j’en profite pour connaitre quelque peu le pays.

« Alors vous acceptez bien que je vous invite à déjeuner si vous n’avez pas d’autres engagements, je pourrais éventuellement vous faire visiter notre ville !

« En fait, je suis à la recherche d’un quotidien marocain appelé « Maroc Presse », je ne sais si vous connaissez l’adresse de leurs bureaux ? Des amis à moi m’avaient dit qu’il se situait aux  environs de cette place!

«« Evidemment que je le connais, cependant il est quelque peu loin d’ici…

« Ce n’est pas grave, j’ai l’habitude de marcher !

« Si c’est pour  y travailler, entre nous ce serait dommage car ce quotidien n’a pas une grande obédience de la part de bon nombre de nos compatriotes.

« Effectivement j’ai en projet de m’installer ici pour un bout de temps et comme j’ai besoin de gagner ma vie, la seule activité que je saurais mener à bien est le journalisme.

« Alors bien venue confrère, notre marché est porteur et nous avons besoin de belles plumes. Notre journal serait heureux de recruter de jeunes journalistes surtout s’ils viennent de Paris ! Dans quel journal pratiquez-vous avant de venir.

« En fait je suis chroniqueuse et mes articles ont été publiés un peu partout, bredouille Mireille quelque peu gênée , tout en fouillant dans son sac, en voici un petit échantillon.

 Malek parcourt  l’article tout en ne prononçant à chaque fois qu’une seule phrase : Ah bons ?

« Cela ne vous plait pas ? Demande Mireille quelque peu surprise.

 « Non du tout, vous avez une excellente plume, je vous en félicite ! Sauf que je ne suis pas tout à fait d’accord sur votre vision des choses. Mais je  pense que le lieu est mal choisi pour parler de ces choses, je vous invite dans mon bureau c’est juste en face.

Malek  règle  les deux  notes et en profite pour laisser un bon pourboire au garçon avant d’indiquer à sa compagne le chemin de son  journal sis quelques mètres plus loin.

Un très bel édifice portant le nom « Vigie marocaine » étalé en grand caractères sur toute la largeur d’ un grand immeuble avec  des escaliers en marbre et une  belle  demoiselle d’accueil  bien souriante.

Alors que Mustapha reste au hall à surveiller la grande valise, Malek fait entrer la jeune journaliste  dans un spacieux bureau tout fleuri qui atteste bien de la qualité de celui qui l’occupe.

En s’installant Mireille croise ses longs  jambes galbées alors que    zyeutant longuement ses beaux mollets Malek ne cesse de caresser sa  moustache safranée de plaisir.

 « Elle se défend quand  même » se dit-il en prenant place de l’autre coté du grand bureau en bois d’ébène auréolé de l’étendard  tricolore.

C’est  nettement mieux que ce qu’il avait vu en photo, et ce premier contact est très encourageant.

Mireille le trouve aussi très séduisant, mais elle n’a pas fui son pays pour faire des amourettes et compte bien faire payer à ces lâches arrivistes qui l’avaient chassée de chez elle le prix de leurs menaces.

 « Je ne connais pas encore votre ligne éditoriale, mais d’après les grands titres  que j’ai lu tout à l’heure cela m’a tout l’air d’être totalement engagé dans la défense d’une France forte quitte à limiter les libertés, attaque d’entrée la jeune journaliste.

« C’est un jugement un peu hâtif, au contraire notre principe est la liberté d’expression, autrement rien ne peut marcher dans ce monde. Seulement dans le contexte actuel tout trouble risque d’être préjudiciable à notre nation mère, donc un peu d’ordre ne fait de mal à personne.

« A quel prix ? J’ai lu pas mal d’articles sur les extractions que subissent les nationaux pour le seul fait d’avoir exprimé leur avis sur la question ! Pour un pays qui fait de la liberté d’expression l’une des bases de sa démocratie.

 « Les choses sont différentes ici, mais cela n’empêche que c’est mon point de vue personnel et non une politique rédactionnel. Ceci dit tout avis contraire ne peut qu’enrichir le débat et justement nous avons besoin de sang nouveau pour nous démarquer de nos concurrents, finit par concéder le rédacteur en chef dont les opinions commencent à souffrir d’un manque de conviction. Les petits points blancs qui scintillaient de ses yeux alors qu’il parlait de son journal semblent s’estomper au fur et à mesure de l’avancement de la discussion et ses pommettes de plus en plus rouges dénotent de sa gêne.

Il en profite pour demander à son hôte si elle ne voulait pas boire quelque chose vu qu’il fait chaud, mais en fait il est le seul à avoir soif. Le visage évanescent, il se verse un verre d’eau et prend tout son temps à reprendre place, question de se donner quelque répit, mais Mireille ne lui en  donne pas l’occasion.

  « En somme et si je comprends bien vous me déconseillez de  travailler pour ce journal car il n’épouse pas votre approche de la question et vous me proposez d’accepter immédiatement votre  offre alors même que vous savez que je ne suis pas convaincue.

« En fait j’ai pensé plutôt aux conditions de travail pour une jeune journaliste telle que vous. Je sais que cela peut paraitre méchant de ma part de parler ainsi d’un journal  confrère, mais leur  rédacteur en chef n’a jamais été capable d’écrire deux phrases correctes en Français, et tous les journalistes qu’il a réussit à recruter  l’ont immédiatement quitté pour rejoindre notre journal. De plus leur situation financière est catastrophique et ils risquent même la faillite !

« « Je  vous remercie pour cette  offre inattendue  et vous promet d’y réfléchir, mais je préfère quand même aller les voir.

 « Voici leur adresse, allez-y cela ne vous engage en rien,  et si jamais vous changez d’avis notre journal vous ouvre toujours ses bras. Encore une chose leur petit siège se situe dans une ruelle  presque inconnue et vous risquez  soit de vous perdre soit de vous faire enlever par les terroristes qui hantent les paisibles citoyens. Alors si vous le permettez, mon chauffeur vous conduira.

« Non je ne voudrais pas abuser de votre gentillesse.

« C’est la moindre des choses entre confrères. Vous pouvez aussi laisser votre  valise, notre concierge en prendra soin,  et je pense qu’il est inutile de trimballer ce « ould » avec vous, cela donne l’impression  que vous venez de débarquer et les criminels ne manquent pas de nos jours.

« Si cela n’est pas trop vous demander je préfère laisser tant Mustapha que la valise chez votre concierge, je déciderais à mon retour du cas du « ould ».

« Cela ne me gêne nullement, nous attendrons tous impatiemment votre retour, Ah, Ah, Ah….

Malek  l’accompagne jusqu'à la voiture, donne ses consignes au chauffeur et regagne le hall d’entrée où le jeune porteur veille toujours sur la grande valise :

« Salem alikom Mustapha, labass

(Salut, ça va ?)

« Labass sidi

 (Ça va monsieur)

« Tu veux une cigarette ?

« Si vous en avez, pourquoi pas !

« C’est la dernière et j’ai préféré te l’offrir »

Malek  la lui tend  et le jeune porteur se suffit à la mettre  mécaniquement derrière son oreille tout en reprenant sa place juste devant la grande valise.

« Mhaliya fik mazyane Mireille

(Elle prend bien soin de toi ?)

« Iyah, Allah imarha dar.

(Oui c’est une bonne personne)

« Tu vois mon fils avec ces gens qui viennent de France il faut rester toujours sur son qui vive, elles peuvent de faire faire des courses dangereuses et dès que la police t’arrête elles font semblant de ne pas te connaitre, j’espère qu’elle ne t’a pas envoyé chez quelqu’un

« Non monsieur

« Cela te dirait de travailler et percevoir un salaire comme les grands

« Bien sur monsieur, je ferais n’importe quoi !

« Notre journal a besoin de vendeurs, je te choisirais un bon emplacement et je donnerais mes instruction pour qu’aucun policier ne te gêne et nous te payerons chaque quinzaine ! Tu es embauché dès maintenant, cela te vas ?

« Enormément monsieur, mais je suis actuellement engagé avec madame Mireille.

« Ce n’est pas grave, Mireille va travailler avec nous et tu lui servira de garde et de guide, mais attention c’est moi qui te paye désormais et c’est à moi que tu dois rendre compte. Garde l’œil bien ouverte, je ne veux pas qu’un mal arrive à la Française, tu me diras discrètement où elle va et qui elle contacte. Comme cela nous pouvons lui assurer une bonne protection et dès  qu’elle s’installe tu viens recevoir ton nouveau Job.  Tu as faim ?

 « Chi chwiya »

(Un petit peu)

Malek sort  une grosse pièce qu’il  lance en l’air, mais le  petit l’attrape avant qu’elle n’atteint le sol :

«Tiens, va manger quelque chose

Mustapha  allait déguerpir lorsqu’il se retient à la dernière seconde.

« Qu’est ce que tu attends

« La valise, monsieur, je ne peux pas la laisser

« Ne t’en fait pas, Kader va la garder pour toi.

Puis s’adressant au concierge ;  Fait entrer cette valise dans ton cagibi jusqu’au retour du gosse !

« Merci monsieur ! s’exclame Mustapha alors que ses petits pieds étaient déjà dans la rue.

02/08/2012

Auteur: Keltouma (3:13 pm)

Une scène qui se répète à longueur d’heure dans un   théâtre  de fous qui ne semble pas trop s’intéresser au  sort de cette nouvelle venue perchée à la fenêtre d’un hôtel de passe, qui a tout son temps pour  réfléchir à sa folle aventure.

Elle aime bien son pays et pense à l’avenir une  France sortie  si fragile d’une deuxième guerre mondiale dévastatrice et qui ne pouvait continuer à gérer indéfiniment un si grand empire.  Pour elle la seule  solution de survie pour un empire en plein effritement était l’indépendance des colonies et la collaboration avec l’élite locale restait l’ultime porte de sortie.

C’était son sujet de thèse et elle y avait si activement travaillée qu’elle en connaissait par cœur tous les aboutissements et c’est ce qu’elle avait reprit juste après dans les fameuses chroniques politiques qui lui ont causé ce départ précipité.

L’avenir des territoires sous tutelle française intéressait aussi beaucoup de    journaux de gauche au moment où la lutte pour s’accaparer d’un  pouvoir qui battait ses ailes faisait fureur en France, dévastée, et qui ne vivait justement que par le produit de ses colonies.

Ils prônaient les tractations avec les nationalistes au Maroc comme en Tunisie ce qui en fait n’était qu’une illustration de la pertinence de  l’approche de la jeune journaliste et c’est  ce qui la réconforte quelque peu.

Elle avait entendu dire qu’un puissant homme d’affaires installé au  Maroc comptait  acquérir  des  journaux marocains mis à la disposition de toutes les plumes libérales.

 Ses recherches l’avaient aidée à localiser ce grand monsieur de la finance mais son passé politique demeurait dans le flou total.

Tout ce qu’elle avait pu recueillir c’est que monsieur Lemaigre Dubreuil de son nom avait installé  les huiles « Lesieur » à Casablanca suite à l’invasion allemande et que politiquement, il était pour l’autonomie du Maroc.  

C’était cette dernière information qui l’avait encouragée à choisir l’sa destination lorsqu’elle décida de fuir.

 

Elle  a la certitude  que si elle arrive à exposer ses positions , elle serait la bienvenue parmi les nationalistes et une bonne partie de la gauche marocaine, mais encore faut-il qu’elle puisse mieux s’installer afin de pouvoir  s’exprimer librement.

Or, non seulement elle ne connait personne, mais même  Jamal  qui lui  avait laissé entendre que sa famille serait heureuse de l’accueillir, est  à Fès, soit à plus de trois cents kilomètres de cette vieille chambre toute grouillante de punaises où elle attend impatiemment la levée du jour.                 

A l’approche de l’aube, l’activité dans la ruelle baisse d’intensité et la jeune journaliste retrouve son lit, pensant  encore à cette prise de position dans un conflit entre nations qui l’avait mise dans cette difficile situation.

La fatigue prenant le dessus, elle  eut une petite latence lorsque Mustapha vient taper timidement à sa porte.

Les cheveux frisés quelque peu brunis par ce grand soleil qui envahit le patio, il avait longtemps attendu  que sa cliente descende avant de monter la chercher.

Il est déjà dix heures passée et pour  sa première vraie sortie, Mireille est gâtée par un si beau soleil et par un décor qui n’a rien de commun avec le calme du petit quartier où elle vivait depuis qu’elle avait fini ses études de journalisme.

 La valise sur la tête, Mustapha la  mène   à travers des ruelles autrement grouillantes de vendeurs ambulants  de légumes et de poissonniers dont les criés se font écho.

Elle a  abandonné son pantalon large et son colle montant pour  un tailleur en soie qui  dessine avec élégance sa parfaite forme et dégage  bien sa belle taille.  Ses jambes galbées et le déhanchement de ses fesses attirent à chaque tournant l’attention de ceux qui s’ébrouent à la vue de la première jupe qui passe.

Désorientée par les labyrinthes  ruelles elle se demande à chaque fois s’ils n’étaient pas déjà passée par là tellement les quartiers se suivent et se ressemblent.

Heureusement que Mustapha la guide car autrement elle ne serait jamais parvenue au  grand portail, qui, une fois traversé,  dévoile  l’autre visage de la ville de Casablanca.

Une cité moderne presque  européenne  où les rues larges et très propres  contrastent  avec les ruelles ténébreuses, encombrée et impropres  de l’ancienne Médina.

Il fait vraiment  très beau de ce coté-ci de la ville, et le dépaysement qu’elle ressentait la veille s’estompe au fur et à mesure des petits pas de son guide.

Elle s’arrête subjuguée à contempler  un grand et beau jardin tout fleuré où de petits enfants en guenille se bousculent en grappe autour de manèges ou se balancent en escarpolettes sous les yeux attendris de parents, bien installés sur les bancs ensoleillés.

Rien à voir avec ce qui s’écrivait sur la situation des colonies  et dont les échos arrivaient jusqu’à la métropole.

 

La « Place de France » transcrite bien en claire sur un grand panneau s’ouvre sur un large avenu où des  gens, qui ne sont  pas différents de  ceux qu’elle avait laissés à Paris, circulent sans contraintes ni protection policière.

La  petite promenade la mène à regarder  de belles vitrines semblables à celles qu’elle  avait l’habitude de visiter chaque fois qu’elle était en cours d’idées.

Devant  un très haut immeuble abritant sur ses flancs deux grands magasins du nom de « Monoprix»  et «Galeries Lafayette » une longue file se dessine.

Des hommes et des femmes, attendent patiemment l’ouverture des deux centres commerciaux dans un ordre impeccable.

Enchantée elle investit une   grande  terrasse ensoleillée  archi comble  de «  Café de France » et  trouve difficilement une table vide,  le temps de mettre de l’ordre dans ses idées.

Resté à l’extérieure Mustapha dépose la grande malle dans un coin et fatigué s’assoit dessus lorsque  la journaliste l’invite de la main à la rejoindre.

Hésitant le petit porteur  rapproche tant bien que mal sa valise tout en essayant de ne pas heurter au passage quelques clients au risque de se faire expulser.

Passant lascivement la main sur sa chevelure rousse Mireille prend plaisir à regarder tout autour,  laissant ces cristallins rayons incruster son visage évanescent et colorer ses pommettes bien esquissées.

Le chemisier dessine bien  les contours de son buste saillant et ses  motifs floraux en  rose épousent largement  la tonalité de cette peau ocrée. à suivre

01/08/2012

Auteur: Keltouma (1:43 pm)

Mireille regarde hésitante cet environnement avant d’investir l’entrée  de l’hôtel  qui  donne sur une  grande cour intérieure en Zellige bleu,  centrée  d’une belle petite fontaine.

Tenant  une bouteille d’alcool d’une main et une fille de l’autre, des marins discutent bruyamment de différentes langues devant un large comptoir orné de  portraits de grands paquebots en noir et blanc.

Une longue file qui s’étend depuis l’entrée où  la  jeune journaliste, patiente  longuement  avant d’être reçue par une  grosse dame, portant un tatouage en  petites croix vertes  liant sa bouche  trop fardée  au bat de son menton volontaire.

 Cheveux bruns et robe en décolletée  elle zyeute longuement sa cliente et le garçon qui l’accompagne :

« Il passe la nuit avec vous ?

« Si c’est possible !

« Non madame, ici nous n’acceptons que les majeurs, vous voyez ce que c’est ! Au suivant.

« Ce n’est pas grave madame, j’ai où dormir ! rétorque le petit porteur à l’intention de sa cliente qui ne sait que décider.

« C’est bon, c’est pour moi seule, mais permettez lui de me faire monter ma valise

« OK, c’est deux francs la nuitée, combien vous comptez rester ?

« Je ne sais pas encore, voici deux francs.

Dès qu’elle  encaisse le prix de la nuitée, la gérante lui remet une petite clef, sans même prendre la peine d’inscrire son  nom sur le registre.

« C’est la chambre huit, au premier étage et c’est la meilleure car elle donne sur la rue, dit-elle à l’adresse de la jeune journaliste  pressée de rejoindre sa chambre.

Sous le poids de la valise, le vieil escalier en bois crisse à chaque marche pour finir  sur un nauséabond vestibule tout sombre d’où partent des chants,  airs de musique et grands rires.  

Certaines chambres n’ont même pas de portes et cela ne semble  pas trop déranger outre mesure les occupants dans leurs ébats amoureux.

Mireille  fait un petit tour de la pièce, surprise de  zyeuter    les  punaises  qui serpentent   les plinthes  de cette  pièce toute étriquée  et mal peinte.

Mustapha   dépose la valise, reçoit son franc et allait prendre congé,  promettant  de revenir lendemain lorsque la jeune journaliste le retient par la main:

« J’ai peur mon petit Mustapha

« Non madame, les gens sont gentils

« Tu as vu, aucun de  ces marins n’est sobre.

« Non il ne faut pas avoir peur d’eux, ils ne sont que de passage et de plus ils sont très généreux, c’est grâce à leurs largesses que la plupart des filles arrivent à vivre, et de plus même s’ils ne sont pas apparent, les « serpents » sont partout !

« Quoi ? Où ça ? lance-t-elle, regardant  effarée dans tous les sens.

« Je veux dire les policiers en civil, c’est comme cela que nous les appelons, car à la première occasion ils mordent la main qui les sert.

« Quelle main ? Tes propos deviennent de plus en plus brouillés !

« Celles  des filles que tu as vu en bas. Une redevance journalière, mais dès qu’il y a une rafle, ils n’hésitent pas à les prendre combien même elles  leurs donnent leurs parts du gâteau ! Bon, madame, il est temps que je m’en aille, autrement ma place serait prise.

Le petit porteur dévale précipitamment les escaliers alors que Fatiguée,   la jeune journaliste s'étend sur le  matelas maculé  faisant vibrer  les ressorts du vieux sommier.

Cela fait trois jours qu’elle n’a pas fermé l’œil, mais devant le vacarme qui agresse ses tympans  elle n’arrive pas à dormir.

Elle reste longtemps à scruter le plafond tout moucheté où la danse des bestioles autour de la petite lampe jaune reflète les dizaines d’idées qui trottent dans sa tête.

Elle se doute  bien de l’identité de ceux qui étaient derrière cet ultimatum et sait bien qu’ils ne plaisantent pas, surtout ceux  qui avaient gagés tous leurs biens sur le colonialisme.

Ces francs-massons et fiers de l’être qui pensent que l’avenir économique de la France est  dans ses colonies, et qu’il n’est pas question d’abandonner  le fruit d’un demi-siècle de pacification militaire et plusieurs décennies de développement  aux autochtones.

Elle  avait bien suivi l’installation de leurs  obscures « loges »qui avaient « éclairé »  à l’aide de leurs « phares » l’exploitation  voire l’asservissement de l’empire chérifien  sous couvert d’une protection.

Longtemps éveillée, elle change plusieurs fois de positions mais en vain, avant de se  mettre à lire mais sans grande concentration.

Les mots qui passent lentement devant ses yeux à moitié fermés semblent mutiner et leur sens s’imbriquer dans une impressionnante mosaïque susurrant dans les entrailles de ses rêves.

Elle courait dans une ruelle obscure alors que les talons  très hauts de ses chaussures la gênaient au risque de se fouler la cheville.

Un homme grand et costaud, la poursuivait une torche enflammée à la main et le feu tout rouge s’approchait dangereusement de  son col-montant jusqu’à  vouloir la bruler, et elle criait de touts la force de son gosier sec lorsqu’un bruit assourdissant  la fait réveiller.

Elle se met aussitôt à la petite fenêtre pour regarder une foule entourant une personne gisant à terre la poitrine ensanglantée.

C’était bien ce qu’elle avait cru entendre,  un coup de pistolet en pleine ruelle, mais l’acte ne semble pas inquiéter outre mesure les  autorités car curieusement aucune force de police n’est intervenue.

Une belle introduction dans un monde qu’elle avait longtemps défendu sans vraiment le connaitre et qui s’offre dans son meilleur apparat à la curiosité de sa plume.

Une fois le corps évacué vers une ambulance qui s’était arrêtée bien loin du lieu du crime la petite ruelle reprend son activité, les filles s’offrant aux  marins qui passent en groupe,  le sac en  bandoulière  et la bouteille en main, braillant des chants qui agressent les tympans.

Une scène qui se répète à longueur d’heure dans un   théâtre  de fous qui ne semble pas trop s’intéresser au  sort de cette nouvelle venue perchée à la fenêtre d’un hôtel de passe, qui a tout son temps pour  réfléchir à sa folle aventure.

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