ID Passe
Moi aussi, je veux un Blog : je m'inscris ICI
Menu Principal
Moteur weBlogs
Connexion
Identifiant :

Mot de passe :

Conserver

Mot de passe perdu ?

Inscrivez-vous !
Stats inscriptions
 Inscrits:
  aujourd'hui: 0
  hier: 0
  Auteurs: 220
Dernier: Laetitia80

 En ligne:
  Invités : 0
  Auteurs : 16
  Total: 16
[Détail]
 Infos site

Historique
Di Lu Ma Me Je Ve Sa
29 30 31 1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 1 2
Promo


Top-Five !
1 Keltouma 712
2 motpassant 614
3 vilistia 433
4 atanetbout 342
5 lydwine 238
.../...

Telecharger Skype - France , le portail du téléphone gratuit

Noogle, fournisseur de sites web

BLOGs - Articles de Keltouma
 Publier les articles de Keltouma

Catégories


Articles les plus récents
31/07/2012

Auteur: Keltouma (2:44 pm)

Une fois  les autres formalités terminées, Mireille  traine tant bien que mal sa valise pour retrouver le jeune porteur qui l’attend de l’autre coté de la barrière.

Ayant  une grande faim  elle lui demande chuchotant s’il ne connaissait pas de restaurant pas très cher.

En effet, elle n’avait  pas eu le temps de préparer ce voyage et  le peu d’argent que ses amis  avaient réussi à lui procurer  ne peut en aucun cas  l’entretenir plus d’une semaine.

 « Les chouayas* de sardines  sont juste au bout du quai et cela coûte moins d’un rial madame

« Alors nous  mangerons ensemble si tu veux et ensuite tu m’emmène à l’hôtel ! s’exclame la jeune femme  qui  n’a pas le temps de terminer sa phrase que le petit porteur hissait déjà la grosse valise  sur sa tête.

les pieds engoncés dans une sandale en cuire totalement laminée il  traverse  d’un trait  tout le port , saluant   dans sa petite foulée ses camarades qui le lui rendent par des sifflements.

 

__________________________________________________ *Les chouayas : ceux qui grillent les sardines et feu de bois

 

Haletant  et tout en sueur par cette chaleur infernale il s’arrêter devant un petit local où, embaumant l’air, l’effluve du poisson grillé laisse couler la salive.

Il  fait installer sa cliente  à une petite table plastifiée à la terrasse  et aussitôt le serveur dépose  une gourde d’eau fraiche, deux salades de  tomates  et un grand pain aplati  et tout rond.

Le jeune porteur se verse un verre d’eau qu’il présente à Mireille qui hésitante finit par se désaltérer le gosier sec.

 «  Deux grillades de sardines commande pressement le jeune porteur, l’air d’un majeur !

« Quel est ton nom déjà ? demande-t-elle à son interlocuteur une fois la grillade déposée.

« Mustapha madame, répond ce dernier la bouche salivée  « Alors Mustapha mangeons, j’ai très faim moi !

L’odeur ne semble pas  gêner outre mesure la jeune journaliste qui  prend  plaisir à déguster le  succulent repas.

Elle apprécie aussi le  morceau de pain qui croquant sous ses dents rajoute de l’allégresse à son palais en manque de victuaille :

« Moi c’est Mireille, je vois que tu te débrouille bien en Français, est ce que tu as fait l’école ?

« Non, mais à force de fréquenter les français j’en ai appris pas mal de mots madame.

 Tout en embouchant avidement de belles pièces de sardines bien cuites, elle continue à mitrailler son interlocuteur de questions sur ses origines et ce qui l’a poussé à faire ce pénible métier.

« Tu me semble trop petit pour ce boulot Mustapha ! Quel âge as-tu?

Revient-elle à la charge une fois son petit ventre calé.

« Je ne sais pas dix ou douze ans ;

« Tes parents doivent bien se rappeler de ta date de naissance !

« Je n’ai  jamais connu mon père, et je ne me rappelle même pas du visage de ma mère

 « Et avec qui  tu vis actuellement ?

« Je vis seul,

« Mais tu as bien un gîte, je veux dire un lieu où dormir

« Tous les endroits de Dieu sont bons pour dormir,

« Tu veux dire que non seulement tu n’as pas de parents, mais tu n’as nulle part où dormir ?

« Non nous dormons dans les chaloupes lorsque nous sommes au port et dans un petit coin du passage « Soumica » lorsque nous sommes dehors, mais dormir est le dernier de nos soucis, le plus important est d’abord de manger !

« Mais c’est inconcevable, un garçon de votre âge qui n’a ni gîte ni couvert, mais que fait le gouvernement ?

« Vous savez, je ne suis pas le seul, des milliers de comme moi sont  orphelins et vivent de la même façon!

 «  Oui je l’ai  remarqué et je me demande pourquoi y en a-t-il tant, d’où est qu’ils sont venus?

« Beaucoup d’entre nous ne savent même pas comment ils sont arrivés jusqu’ici.

« Comment?

« Les plus âgés des « Oulads »nous racontent que les soldats français avaient chassés leurs parents et que depuis les familles ont été séparées et beaucoup se sont perdus en cours de route. D’autres disent que l’armée   de français et les Goums noirs avaient brulé leurs terres  et  tué  tous ceux qui refusaient de quitter leurs bleds, alors  les  Caïds  en profitèrent pour s’accaparer les terres de ceux qui fuyaient  les balles et les revendre à des  fellahs français. Enfin c’est ce qu’ils disent, mais moi je n’ai rien vu de tout cela.

 Mireille hume l’arôme du thé à la menthe  qui empli de plus en plus  la petite gargote et demande à son jeune ami de leur en commander deux verres.

En fait ce n’est qu’un  prétexte pour ne pas couper court à une discussion qui l’intéresse au plus haut niveau.

Le fait qu’un jeune orphelin et illettré puisse incriminer la présence française aiguise sa curiosité et donne une motivation  supplémentaire à sa mission.

Le succulent thé et le cadre plutôt aimable  font oublier à la jeune journaliste la précarité de sa situation  et elle allait allumer une cigarette lorsque, Mustapha met ses deux doigts sur le bout de ses lèvres.

Croyant que cela gênait son compagne  Mireille éteint aussitôt l’allumette  mais le petit porteur exprime clairement sa demande:

«Je voudrais une cigarette s’il vous plait madame !

 « Tu es trop jeune pour fumer.

« Vous savez madame,  fumer est acte de grande maturité et parfois même de virilité, celui qui ne fait pas ce que font les grands n’a pas de place ici.

Hésitante Mireille lui donne une cigarette, mais au lieu de l’allumer Mustapha la met derrière son oreille et continue  la conversation qui porte  sur l’état d’esprit  de ces « oulads », ce qu’ils font et l’état de  leurs rapports avec les autorités portuaires.

Beaucoup d’informations que la jeune journaliste note sur un petit carnet et un bon sujet à développer, mais l’intérêt de ce premier contact avec la réalité marocaine ne peut lui  faire oublier qu’elle doit  s’assurer un gîte du fait qu’il commence à faire nuit.

     « Tu ne connais pas d’hôtel pas très cher où je peux passer la nuit ?

« À l’ancienne médina, vous n’avez que  l’embarras du choix, et le prix ne dépasse pas deux francs la nuitée madame.

 «Alors allons-y, mais entretemps je te fais une proposition

« laquelle madame ?

«  Tu me tiens compagnie jusqu’à ce que je m’installe et je te paie un franc la journée.

Un pacte que semble accepter volontiers le petit porteur  qui, la valise sur la tête, la traine derrière ses petits pas.

Ils quittent le port pour allonger un long boulevard encombré de clients et de chariots actifs devant des  silos de thé, sucre et épices déposés en vrac.

  Faisant signe à sa compagne de précipiter le pas, Mustapha  traverse la  grande arcade de Bab Lekbir, pour se retrouver à l’enceinte de l’ancienne médina ceinturée par une longue  muraille.

Les deux intimés serpentent  de sinueuses et sombres ruelles qui passent   par le « Mellah des juifs », une place surpeuplée où tout se vend à la criée avant de parvenir, après plusieurs détoures à  « Bousbir ».

Tout en sueur le  jeune porteur  dépose la grosse valise devant une  grande construction vétuste  portant sur une  enseigne lumineuse  le nom de « Hotel Espéranza » où de  jeunes et séduisantes filles  presque nues  s’activent   à séduire les passants.

27/07/2012

Auteur: Keltouma (11:07 am)

 Ravissant  chaque coin du large quai, des garçons  et des  adolescents appelés les « oulads », se présentent, seuls ou par   petits groupes proposant leurs services moyennant quelques pièces de monnaie et un petit sourire de remerciement, mais la jeune femme ne peut  se permettre ce service.

Trainant difficilement  sa  lourde valise elle s’éloigne quelque peu du tumulte et ajuste, bien claire, la  rose  qui devrait servir   de signe de reconnaissance   à la personne qui doit en principe l’accueillir.

Les minutes s’égrènent lentement et elle  semble plutôt désemparée alors que sa crainte de ne trouver personne à l’attendre se dessine de plus en plus.

 En effet, le doute l’envahit peu à peu au fur et mesure que le  quai progressivement se vide au moment où les « oulads », sals et mal-habillés, continuent à tournoyer autour d’elle.

Mais elle est  décidée à aller jusqu’au bout, et cela se voit dans la lueur des ses yeux bleus au reflet de ce beau ciel, où le soleil règne en maitre absolu, combien même le col-montant de son  pull en laine l’étouffe au point de l’asphyxier.

Ajustant encore plus apparente sa rose, elle ne bouge pas de sa place, mais après une heure d’attente, le doute  se transforme en certitude et la crainte en peur.

Elle ne sait  même pas où aller et résignée elle met sa main sur sa valise lorsqu’un  petit gringalet, propose, dans un français plutôt tordu, de la lui porter.

Vu ses  moyens limités, elle allait refuser,  mais    les yeux  tout noirs et presque suppléants du porteur la font renoncer.

Heureusement d’ailleurs car le  parcours jusqu’aux services des Douanes est très long sans compter le  soleil de plomb qui inonde chaque mètre de ce gigantesque port très encombré.

Elle doit encore subir une très longue file avant de se présenter devant un  douanier en zèle qui, sous l’œil attentif de son  chef, vérifie pièce par pièce tout le contenu de sa grande valise.

Deux livres d’Aimé Césaire « Cahier d’un retour au pays natal » et  « Discours sur le colonialisme »  semblent attirer son attention et il les remet aussitôt à son supérieur.

Ce dernier en  feuillette calmement les préfaces avant de demander gentiment à la jeune dame de l’accompagner dans son bureau:

« Désolé mademoiselle, je suis obligé de vous  confisquer ces deux livres !

« Puis-je savoir pourquoi ?

« Ils  sont interdit d’accès.

« Mais  les livres de Césaire sont vendus  librement partout en France !

 

«« En France  Oui, seulement nous ne sommes pas dans la métropole, mais  dans l’une de ses colonies et les temps ne sont pas favorables aux idées développées par cet auteur.

«  Je suis journaliste et pour moi c’est un outil de travail,

« De toute façon  vous gardez le droit d’introduire une requête auprès des autorités policières compétentes!

« C’est ce que je ferais surement car il n’est pas question qu’on limite les libertés des gens sans raison !

« Dans ce cas, je ferais mon rapport et je vous soumets avec les objets saisis aux services  de la sécurité du territoire et à eux de décider, alors qu’en dites vous ?

Blême Mireille ne sait que répondre et préfère se cacher derrière un mutisme qui en dit long sur la peur qui l’envahi à l’entente de la sécurité territoriale !

« Décidez-vous mademoiselle, je n’ai pas que ça à faire,

« C’est ma première visite dans ce pays et je ne voudrais pas l’entamer par des problèmes !

« Bon ! Vu votre statut de journaliste  et la gentillesse de vos propos, je préfère me limiter à confisquer l’un des deux livres et à vous laisser le second ! N’est ce pas que c’est mieux pour tout le monde ?

Même si la jeune journaliste se doute de la destination finale du bien saisi cette dernière proposition lui trouve effectivement une porte de sortie car  elle doit d’abords sauver sa peau.

Une fois  les autres formalités terminées, Mireille  traine tant bien que mal sa valise pour retrouver le jeune porteur qui l’attend de l’autre coté de la barrière.

26/07/2012

Auteur: Keltouma (11:30 am)

Il    fait  beau et  le petit soleil qui pointe  par intermittence  laisse prévoir un bon séjour  dans un pays qu’elle visite pour la première fois de sa vie.

Dans l’attente de son tour, elle s’approche lentement de la passerelle où de jeunes matelots en maillots rayés organisent tant bien que mal ce débarquement.

Tel  un essaim les chaloupiers embarquent les marchandises et les voyageurs, pour les déposer non loin d’un mausolée tout en blanc auquel la ville de « Casablanca » doit son nom.

En fait elle n’aurait peut être pas du parler  de ces marocains qui n’avaient rien de barbares et qui pouvaient prétendre eux aussi à l’indépendance.

Une conviction qu’elle affichait clairement, mais jamais elle n’avait pensé qu’elle  toucherait  des  intérêts aussi vitaux et que cela donnerait lieu à des  réactions jusqu’à ce qu’elle  reçoive sa première lettre de menace.

Un petit papier blanc qu’elle trouva dans sa boite à lettre avec en rouge : « Ecrire peut faire perdre la vie ».

Au début, elle n’y avait pas donné trop d’importance et  s’est contenté d’en parler avec un ami qui  lui avait assurée qu’elle pouvait dormir tranquille.

Justement elle ne dormait plus depuis qu’elle fut assaillie de  coups de téléphones anonymes avant de recevoir une carte avec une fleure rouge et au dessous : « rouge en flammes, la fleur de macadam »

Les menaces  étaient si terrifiantes qu’elles lui voilaient tous les risques d’une aventure aussi dangereuse qu’un safari en terre arabe alors même  qu’elle ne connaissait de cette langue que le mot « choukrane ».

C’est ce qu’elle réussit à prononcer plus ou moins correctement au chaloupier  qui l’aide à déposer sur le sol africain la grosse malle où elle avait  précipitamment enfouit  tous  ses souvenirs.

 Ravissant  chaque coin du large quai, des garçons  et des  adolescents appelés les « oulads », se présentent, seuls ou par   petits groupes proposant leurs services moyennant quelques pièces de monnaie et un petit sourire de remerciement, mais la jeune femme ne peut  se permettre ce service.

Trainant difficilement  sa  lourde valise elle s’éloigne quelque peu du tumulte et ajuste, bien claire, la  rose  qui devrait servir   de signe de reconnaissance   à la personne qui doit en principe l’accueillir.

Les minutes s’égrènent lentement et elle  semble plutôt désemparée alors que sa crainte de ne trouver personne à l’attendre se dessine de plus en plus.

 En effet, le doute l’envahit peu à peu au fur et mesure que le  quai progressivement se vide au moment où les « oulads », sals et mal-habillés, continuent à tournoyer autour d’elle.

Mais elle est  décidée à aller jusqu’au bout, et cela se voit dans la lueur des ses yeux bleus au reflet de ce beau ciel, où le soleil règne en maitre absolu, combien même le col-montant de son  pull en laine l’étouffe au point de l’asphyxier.

Ajustant encore plus apparente sa rose, elle ne bouge pas de sa place, mais après une heure d’attente, le doute  se transforme en certitude et la crainte en peur.

Elle ne sait  même pas où aller et résignée elle met sa main sur sa valise lorsqu’un  petit gringalet, propose, dans un français plutôt tordu, de la lui porter.

Vu ses  moyens limités, elle allait refuser,  mais    les yeux  tout noirs et presque suppléants du porteur la font renoncer.

Heureusement d’ailleurs car le  parcours jusqu’aux services des Douanes est très long sans compter le  soleil de plomb qui inonde chaque mètre de ce gigantesque port très encombré.

25/07/2012

Auteur: Keltouma (4:27 pm)

Mireille finit de ranger calmement sa grosse valise qu’elle fait remonter tant bien que mal depuis une  cale regorgeant de senteurs .

Rieuses, les mouettes planent allégrement dans  le ciel clair lorsque trois   coups de  sirènes élaguent leur quiétude.

La silhouette d’un grand paquebot se dessine de plus en plus nettement depuis le  quai fourmillant et  largement encombré.

Faisant escale sur sa route vers le Sénégal, Le « Lyautey » ralentit  pour se tenir   par la barre à l'écart de la côte, alors qu’alertés, les grosses barques, se lancent dans une  course effrénée.

Même curieuse de connaitre ce qui l’attend  au sol,  Mireille reste  en retrait des bousculades  à contempler   la plénitude de cet océan qui la sépare désormais de son passé récent !

L’occasion de voir enfin la lumière et respirer de l’air frais tout en suivant des yeux l’étrange ondulation qui sillonne encore derrière le bateau en instance d’arrêt.

«  Il embrassa la mer d’un regard et se rendit compte de l’infinie solitude où il se trouvait.

Toutefois il continuait à apercevoir des  prismes dans les profondeurs ténébreuses. La ligne s’étirait à la proue, d’étranges ondulations parcouraient l’eau calme. Les nuages se portaient à la rencontre des alizés. En avant de la barque, un vol de canards sauvages se découpait contre le ciel, il disparut, puis reparut, et le vieux sut que nul n’est jamais complètement seul en mer ».

Heureusement qu’Ernest Hemingway  l’accompagnait dans sa  solitude durant  cette pénible traversée.

Elle partageait avec émotion chaque scène de la lutte du vieil homme avec  son squale et vivait ses  sensations mitigées  de courage et de  peur, d’espoir et de désespoir comme si c’était sa  propre histoire combien même elle n’avait jamais vu la mer auparavant.

C’est son premier voyage hors de son pays natal, et jamais elle ne s’était doutée qu’elle le vivrait ainsi esseulée dans ce petit carré  tout étriqué semblable à une geôle.

Une  vingtaine de mètres  qu’elle partageait  avec  d’autres voyageurs, des gens de couleur pour leur  majorité, qui, par crainte ou par respect, ne lui ont jamais adressé la moindre parole.

Elle ne quittait son interlocuteur  unique que le temps de grignoter un pain au fromage rassis par cette chaleur infernale trempé dans du  vin rouge.

C’était tout son unique met durant cette longue traversée où elle avait eu aussi tout son temps pour penser à  cette aventure  qui la jetait sur la terre africaine au moment où  elle croyait avoir enfin trouvé un sens à sa vie.

Sa voie dans le journalisme était toute tracée, et ses deux derniers  articles sur « les conséquences des doubles nationalités  au Maroc sous protectorat français », et « le  statut juridique du Maroc » avaient  fait couler beaucoup d’encre.

Elle n’en était que plus fière d’autant plus qu’elle était tout le temps félicitée, mais elle ne pouvait se douter que le fait de dire la vérité était  dangereux surtout  en ces  temps d’instabilité politique.

Pourtant elle n’avait fait que relever la contradiction entre le traité du protectorat  Français sur l’empire chérifien et l’état de siège décrétée depuis  1934.  

Elle y avait parlée  des tortures et séquestration de simples citoyens marocains sous couvert  de cet «  état d’exception ».

Elle avait aussi évoqué   certaines  de ces  libertés  qui se  sont retrouvées  complètement mises en veille par un Etat qui  considère  la liberté  comme l’une des soubassements de sa démocratie.

C’était le sujet de l’heure depuis que, déchiré par les deux longues guerres, l’empire  français commençait à se cisailler et  laissait filtrer des revendications de liberté qui s’étaient  transformées  en débuts de révoltes.

Cela se remarque  aussi à travers  la  guerre de mots qui faisait des colonnes des journaux une plateforme de controverse passible de changer beaucoup de choses,  mais pas seulement à la métropole.

Les colons  eux aussi avaient peurs pour leurs privilèges et les  plus pessimistes ameutaient les décideurs sur la nécessité de briser la révolte, mais les  plus clairvoyants  préparaient  déjà un avenir basé sur une collaboration avec l’élite locale.

Bousculée par quelques passager pressés, elle revient de ce passé  qui n’est pas aussi loin pour s’isoler encore plus sur ce  pont qui se vide de plus en plus.

14/11/2011

Auteur: Keltouma (3:05 pm)

N’osant  même plus parler de peur de se faire répudier, Yamna  courra  à l'intérieur de sa chambre pour  s'accroupir à même le sol  la main sur la  bouche et les yeux collés au mur.

Elle resta ainsi, plusieurs minutes avant que la première larme ne coule, suivie d'une deuxième puis d'une troisième, et le flot giclait  comme d’une source endiguée que les trente années de malheurs n’avaient   pas réussi à éponger.

 

 

Ses grands yeux barbouillés de « Khoul » reflétaient   ses idées confuses ne sachant même plus pourquoi  elle pleurait au juste.

Jamais Bassou  ne l'avait giflé, ni  prononcé le mot "répudiation" mais ce qui l’inquiétait le plus était  le sort de ses enfants si jamais s'il venait à exécuter sa menace . Oui cette dernière probabilité  changeait  toutes les donnes puisqu’elle  n’avait  nulle part  où aller.

 « Comment feront mes enfants sans moi, ils mourront  sûrement de faim et de froid se disait-elle alors que l'obscurité regagnait  la pièce. Non il ne fallait pas qu’il  descende dans la plaine ! Il n’y a pas d’autres solutions ! Je dois coûte que coûte  le désensorceler… Brahim n’est toujours pas  circoncis alors qu’il arrive à l’âge de puberté et Zahra  est encore sans mariage  et si personne ne la demande, elle mourra vieille fille, quelle honte !

 

 Justement celle-ci  investit timidement la chambre lui  apportant  une soupe bien chaude et un morceau de pain.

 Elle regarda sa fille unique assise juste en face d’elle, tel un sosie mais nettement plus  juvénile.

 

«  Comme le dit si bien le proverbe : les yeux regardent  mais la main est bien courte, pensa   la mère, déplorant cette misère  qui privait une si belle créature de se marier espérant pour elle tout ce qu'elle n'avait  pas pu avoir dans  toute sa vie.

 

 Elle  lui enleva  le foulard peignant cette longue et forte chevelure comme elle se plaisait à le faire lorsqu’elle était toute petite. Malgré l'indigence la propreté était  de rigueur et le "henné" alimentait  les cheveux dorés d'une  éclatante brillance.

 «L’odeur vient de l'orange, Allah, Allah, flaire l’orange  et cache la, Allah, Allah" fredonnait-elle se remémorant une  chanson que sa propre mère lui chantait et en profita pour raconter à sa fille les prouesses des résistants dans la lutte contre les Français, et l'histoire de l'orange utilisée comme mot de passe.

 « Nous - nous respectons ton père et moi, et ce n’est pas parce qu’il m’a giflée que nous allons nous séparer, non, il ne faut pas  croire ça. Si nous- nous disputons c’est  seulement pour trouver le meilleur moyen de  vous faire vivre  dans ces moments difficiles. Ces quelques chèvres est tout ce qui nous reste et si nous les  vendons, nous n’aurons même plus  de quoi manger, expliqua-t-elle, comprenant  les angoisses de sa fille  qui avait  entendu la  houleuse discussion de ce  matin.

« Si seulement nous n’étions pas si pauvres !

« Nous  n'avons pas toujours été indigents, au contraire nous étions très riches. Nos parents avaient   beaucoup de terrains avec  plein  d’arbres fruitiers. Malheureusement le Makhzen nous a tout pris   après la mort de notre  grand père sous prétexte que celui-ci  collaborait avec  les  français!

« Mais les collaborateurs  inscrivaient leurs enfants  dans les écoles françaises, pourquoi  mon père est-il  resté analphabète ?

«  En réalité les colons ont  suggéré  d'inscrire Bassou  à l'école  mais grand père s’y opposa  préférant  le marier pour mieux le lier à la terre.

" Et ils n’ont pas trouvé  plus belle et mieux  éduquée que sa cousine"

 « Bassou n’avait pas hésité une seule seconde, je crois que le pauvre m’aimait bien avant !

« Et toi ?

Yamna   rougit, et sa peau claire s’embellit laissant paraître combien elle  restait belle malgré  l'indigence.

La  bougie nonchalante faisait  briller deux gouttelettes aux bords de ses  grands yeux, alors qu’elle  s’étalait sur la cérémonie  de son propre mariage avec Bassou :

"Les noces avaient duré six nuits et sept jours, avec  la  "harkas" et les danses folkloriques alors que  les invités  arrivaient de tous les coins, mangeant  à leur faim et dansant jusqu’au matin.

«  Il y avait de bonnes choses à manger ?

« Tous les voisins préparaient du couscous et égorgeaient des moutons et même des taureaux. Les militaires français envoyaient beaucoup de bonnes et délicieuses choses comme des chocolats des bombons et même des tartes.  Ah, c'était le bon vieux temps, La région était riche car il y avait beaucoup de mines de cuivre et des hectares d'arbres fruitiers, des amandiers et "l'argana. Les militaires  Français avaient établi un grand souk couvert ou les hommes pouvaient  aller chercher tout ce dont ils avaient  besoin ; Il y avait même le "chrab" qui faisait tourner la tête aux hommes lorsqu'ils le buvaient.  

« Et il y avait beaucoup de mariages ?

« Oh oui ! Des dizaines par an, et puis il y avait les « ouvrias » au service des  colons et qui  laissaient leurs femmes chez eux et venaient se marier de chez nous car ils disaient que notre beauté est pure et notre peau est aussi  blanche que celle des françaises"

 

Très  emballée,  Yamna racontait   les détails des festivités évoquant  la  nostalgie du passé  alors que, rêvassant, Zahra, suivait, jusqu'à ce que les deux intimées  finissent par s'endormir enlacées.                  

                                          

 

« 1 2 (3) 4 5 6 ... 143 »

Copyright © 2016 - Blog-Media - La plateforme multi-blogs du Net